FEV 2026 | NO 02

MARKET INSIGHT – Février 2026

MARKET INSIGHT

L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.

Un bon départ mais une vigilance requise

Il n’est pas peu dire que les premières semaines de l’année n’ont pas été de tout repos pour les investisseurs. Certes, les performances des grands indices d’actions ont été au rendez-vous, même si le marché américain n’a finalement que peu délivré, à l’inverse de ses homologues européen et surtout émergent. Mais derrière cette image plutôt encourageante pour entamer 2026, se cache une certaine montée de la nervosité des opérateurs. Les raisons sont multiples mais nul doute que l’hyperactivité du président Trump y est pour beaucoup. En seulement quatre semaines, du Venezuela à l’Iran en passant par le Groenland et Davos, le président américain a démontré tous ses talents d’agitateur en chef de l’ordre mondial et a fait planer l’ombre d’un environnement géopolitique de plus en plus incertain, voire dangereux.

Janvier a aussi été marqué par des réactions abruptes lors de certaines publications de résultats du Q4 2025, en témoignent les dégringolades à deux chiffres du cours de bourse de sociétés aussi solides que Microsoft ou SAP. À l’inverse, rien d’abusif que d’évoquer un peu d’emballement sur certaines valeurs liées à l’IA, notamment les fournisseurs de mémoire ou encore sur le géant de l’équipement pour la production de puces informatiques ASML. Impossible enfin de ne pas mentionner les montagnes russes des prix de nombreux métaux précieux, l’or et surtout l’argent s’inscrivant en très forte hausse sur le mois mais enregistrant aussi un vendredi noir historique pour le clôturer.

« Janvier est le mois où l’on offre ses meilleurs vœux à ses amis. Les autres mois sont ceux où ils ne se réaliseront pas ». Le philosophe et physicien allemand Georg Christoph Lichtenberg avait le goût de l’ironie mais Goethe disait de lui que « là où il rit, c’est qu’un problème se cache ».  

Des vœux et des promesses le président américain en fait à tours de bras. Que ces dernières soient fantaisistes ou qu’elles finissent par prendre une forme plus concrète, Donald Trump est plus que jamais sur le devant de la scène en 2026. En termes économiques, le bilan de la première année de son administration parait contrasté ou du moins peu lisible. La croissance américaine est en partie portée par les immenses investissements dans l’intelligence artificielle réalisés par les géants de la technologie. Cela tombe plutôt bien car en dehors de ce secteur, la dynamique est plus molle avec un marché de l’emploi toujours en proie au « no hire/no fire ».

La croissance américaine est en partie portée par les immenses investissements dans l’intelligence artificielle réalisés par les géants de la technologie

La répétition d’éléments déstabilisants comme les tarifs, les tensions internationales ou la remise en cause de l’indépendance de la banque centrale ne sont pas sans conséquence et altèrent la lisibilité de l’environnement pour de nombreuses entreprises qui optent alors pour le statut quo de certains projets, avec la cascade de conséquences qui en découle.       

L’année 2026 est déjà clé pour le président Trump qui devra faire face aux élections de mi-mandat d’ici quelques mois. Les sondages actuels ne lui étant guère favorables, il ne peut se permettre une détérioration importante de grands paramètres tels que l’emploi, le pouvoir d’achat, ni même un krach des actions américaines dont l’importance dans le patrimoine des américains est de plus en plus grande. C’est donc un numéro d’équilibriste que s’apprête à jouer Donald Trump au cours des prochains mois s’il entend garder le soutien total de sa base électorale « MAGA » sans pour autant être trop clivant envers l’aile moins radicale du parti républicain. Des résultats économiques concrets et une forme de stabilité générale paraissent être des prérequis pour le président s’il veut conserver une main ferme et une grande liberté d’action à la tête de la première puissance mondiale.

Au niveau des marchés financiers, janvier a délivré une image en trompe l’œil avec, comme indiqué précédemment, des indices actions en hausse mais présentant d’importants contrastes sectoriels et une augmentation claire de la nervosité. Globalement, la saison des résultats en cours est à nouveau un bon cru et pas uniquement dans la technologie. Cependant, les attentes et les prix sont désormais élevés et ne laissent plus la moindre place à de quelconques déceptions tant sur les chiffres que sur les prévisions.

La trajectoire spectaculaire des prix de nombreux métaux précieux en janvier n’est pas anodine. Les cours de l’or ont conservé leur forte dynamique de 2025 sur fond de défiance légitime envers la dette américaine et de tensions internationales. Il n’y a là-dedans guère de surprise ou de comportements irrationnels. En revanche, l’emballement du prix de l’argent puis le krach du 29 janvier (-31%) sonnent comme un rappel à l’ordre d’un environnement boursier dans lequel de nombreux actifs voient leur prix à des plus hauts historiques et où l’effet de levier est également important.

L’Europe de son côté offre une image bien moins agitée alors même que sa cohésion a de nouveau été testée par l’épisode groenlandais face aux menaces à demi voilées de Donald Trump concernant le contrôle de cet immense territoire. L’union entame 2026 avec un léger regain de confiance quant à sa capacité à tenir tête de manière unie face aux exigences farfelues du président américain. L’important accord commercial avec l’Inde conclu en fin de mois démontre également que le vieux continent est aussi capable de faire du commerce à grande échelle et de l’annoncer triomphalement, à la Donald Trump en définitive.

Le début d’année voit donc peut être le curseur quelque peu se déplacer (temporairement ?) pour la zone européenne, les investisseurs se focalisant moins en janvier sur les problèmes habituels, qui par ailleurs restent d’actualité, comme la crise de l’industrie automobile allemande ou encore l’instabilité politique française. Attention cependant car malgré une bonne performance boursière de l’indice Stoxx 600, les contrastes sont nombreux pour les sous-jacents qui le composent. La difficile entame boursière de 2026 pour des poids lourds tels que le LVMH ou SAP est pour l’heure plus que compensée par l’envolée d’ASML (1ère capitalisation européenne) et par la bonne tenue des géants suisses de la santé, Roche et Novartis. 

Vient enfin la zone émergente qui a de loin été la plus attractive ces dernières semaines. Les dynamiques sud-coréenne et taiwanaise (technologie) ont permis à l’indice émergent de signer un départ en fanfare avec une performance à deux chiffres sur le seul mois de janvier. S’ajoute à cela l’excellent début d’année de la bourse brésilienne portée quant à elle par l’envolée des prix des métaux précieux et des matières premières. Mais là encore, attention de ne pas se tromper dès lors qu’il s’agit d’interpréter ces résultats. Ce sont bien les fortes performances individuelles de poids lourds tels que TSMC, Samsung ou même Alibaba qui sont à mettre au crédit de ce résultat. À cela s’ajoute un dollar qui reste faible et donc un élément naturel de support pour les marchés émergents. Sur le front économique, il est nécessaire de garder à l’esprit qu’il n’y a que peu d’amélioration concernant la situation chinoise dont les dernières statistiques n’indiquent pas (encore ?) une accélération de l’activité économique en direction des niveaux pré Covid.

Les dynamiques sud-coréenne et taiwanaise (technologie) ont permis à l’indice émergent de signer un départ en fanfare avec une performance à deux chiffres sur le seul mois de janvier

À la lumière de ces quelques éléments, il nous a paru légitime en janvier de ne pas nous laisser perturber par de quelconques frénésies temporaires. Nous avons entamé l’année avec la même diversification de nos portefeuilles que celle avec laquelle nous avions terminée 2025. Il parait dès lors important de rappeler notre exposition aux actions émergentes, renforcée à deux reprises l’année dernière. Il est également utile de mentionner que notre allocation aux actions fait la part belle à certains des secteurs qui ont connu un excellent début d’année, qu’il s’agisse de l’énergie, des valeurs industrielles ou encore de la consommation de base. À noter aussi que notre produit investissant dans la technologie a contribué de manière significative durant ce premier mois de l’année malgré un début d’année globalement difficile pour les géants de la technologie, Microsoft en tête.

Les parts obligataire et alternative ont quant à elle pleinement joué leur rôle de stabilisateurs de la volatilité de nos portefeuilles, tout en contribuant à la performance de ces derniers. La nomination du nouveau président de la FED, Kevin Warsh n’a à ce jour pas déstabilisé le marché obligataire, même s’il conviendra d’en juger au cours de prochaines semaines et notamment lors des premières déclarations du futur patron de la banque centrale américaine. Sa crédibilité parait en tout cas suffisante face à des opérateurs dont la crainte d’une perte d’indépendance de l’institution pourrait s’éloigner.

Enfin, le poids du métal jaune dans nos portefeuilles n’a pas été revu à la baisse et ce malgré son importante contribution à la performance réalisée l’année dernière. Les arguments en faveur de la « devise barbare » restent selon nous intacts.

Après ce premier mois de 2026, nous ne pouvons que nous souhaitez un peu moins de remous pour les prochains à venir, même si les marchés ont plus fait preuve de volatilité que de panique en janvier. Nos allocations ont régulièrement démontré leur robustesse au cours des multiples épisodes de volatilité qui ont émaillé les dernières années. Nous restons donc confiants sur la composition actuelle de nos portefeuilles et nous tenons prêts à les ajuster en cas de besoins ou d’opportunités.

Nul doute que nous ferons tout pour que nos vœux de performance présentés en janvier ne se démentissent pas durant les onze prochains mois, n’en déplaise à Georg Christoph Lichtenberg.