MAR 2026 | NO 03

MARKET INSIGHT – Mars 2026

MARKET INSIGHT

L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.

Iran, intelligence artificielle et quelques cafards…

Le rythme des évènements impactant les marchés financiers semble s’être brutalement accéléré depuis quelques trimestres. Bien sûr, le « style » du président Trump et les méthodes de l’administration américaine contribuent pour beaucoup à cette évolution. Plus encore, il se trouve que cela coïncide avec l’une des plus grandes révolutions technologiques de l’histoire, ce qui par nature, ajoute un côté abrupt et en perpétuel mouvement aux réactions des opérateurs et implique un sentiment de marché plus aléatoire.

Pêle-mêle, février aura été marqué par le déclenchement d’une opération militaire conjointe d’Israël et des États-Unis en Iran, ayant abouti à l’heure où nous écrivons ces lignes, à la mort du leader historique iranien Ali Khamenei et celles de plusieurs membres de son premier cercle. Il est trop tôt pour déterminer l’évolution à venir dans la région et les répercussions à moyen terme des évènements en cours. L’intelligence artificielle continue, elle, sa marche en avant, non sans exciter mais aussi faire frémir les investisseurs quant à sa capacité à cannibaliser des pans entiers de l’économie. Enfin, pour reprendre la désormais célèbre analogie de Jamie Dimon, patron de JP Morgan, les « cafards » aperçus sporadiquement parmi les acteurs du crédit privé continuent d’inquiéter.

« Il n’y a rien de négatif dans le changement, si c’est dans la bonne direction ». Cette citation est parfois attribuée, comme beaucoup d’autres, à Winston Churchill ou encore à l’écrivain américain Jim Rohn. Au-delà de son bon sens, elle résume tout l’enjeu actuel pour les marchés financiers de déterminer si les nombreux changements en cours, qu’ils soient géopolitiques ou technologiques, vont dans la bonne direction. Nous le savons, depuis quelques mois sur le front de l’intelligence artificielle, le temps de la béatitude face aux prouesses technologiques a laissé la place au pragmatisme et, il faut bien l’admettre, à certaines craintes, justifiées ou non. Les opérateurs continuent de réévaluer le cas des célèbres « hyperscalers » (Microsoft, Alphabet, Meta et Amazon) dont les investissements gigantesques dans la course à l’intelligence artificielle, notamment dans les infrastructures requises par cette dernière, ont durablement modifié leur profil financier. Des modèles d’affaires toujours aussi robustes et qui ne montrent pas de signes de ralentissement mais une dette qui, elle, a pris l’ascenseur, témoignant de l’ampleur de la phase d’investissement que la « tech » traverse. 

Le temps de la béatitude face aux prouesses technologiques a laissé la place au pragmatisme et, il faut bien l’admettre, à certaines craintes, justifiées ou non

De l’autre côté de ces gigantesques flux se trouvent fort logiquement des entreprises dont les carnets de commandes débordent. Qu’ils s’agissent de certains sous-segments du vaste secteur des semi-conducteurs ou encore d’autres domaines liés à la construction, au maintien ou l’approvisionnement énergétique des « datacenters », diverses sociétés voient leur activité s’accélérer brutalement. Il n’est de loin pas exagéré de parler « d’âge d’or » pour certaines industries fournissant notamment des composants et des services liés aux datacenters.

À la lumière de ces éléments, il n’est pas surprenant d’assister aux rotations sectorielles actuelles et à l’engouement des investisseurs pour certains sous- segments de la technologie, illustré entre autres par l’envolée de l’indice des actions sud-coréennes (quasiment en hausse de 50% depuis le début de l’année), dont les deux poids lourds, Samsung et SK Hynix, sont identifiés comme des bénéficiaires directs des gigantesques besoins relatifs aux infrastructures requises par l’intelligence artificielle.        

Le pragmatisme dont les investisseurs font désormais preuve peut également faire des dégâts dans les secteurs où l’IA est, à ce stade, davantage perçue comme une menace que comme une aubaine technologique susceptible d’augmenter la productivité et les marges des entreprises. Février a été le théâtre de diverses analyses et déclarations sur le sujet, notamment celles d’Anthropic, concurrent direct d’Open AI, concernant la capacité de ses agents IA à réaliser certaines tâches habituellement réservées aux fournisseurs de cybersécurité ou encore de services financiers.

La débâcle boursière déjà subie par de nombreux éditeurs de logiciels en janvier semble donc devoir s’étendre. Ce phénomène ayant trait à la transformation de pans entiers de l’économie et à la pérennité des acteurs y exerçant devrait se poursuivre jusqu’à ce qu’il soit possible pour les investisseurs de mieux distinguer les gagnants des perdants, quitte à produire temporairement des exagérations boursières.

Dans l’actualité chargée du dernier mois écoulé, il parait également important d’évoquer l’augmentation des doutes concernant la situation concrète dans laquelle se trouve l’industrie du crédit privé ou du moins celles de certains de ses acteurs.  Après des années de forte croissance, les premières difficultés sont apparues il y a de cela quelques mois. La régulation plus faible de ce segment du crédit, ainsi qu’une certaine opacité, font craindre que les quelques « accidents » récents (faillite de Tricolor et First Brands en 2025) ne constituent pas des évènements isolés mais bien les premiers signes de difficultés majeures à venir pour tout le secteur, dont les ramifications avec le système financier traditionnel sont bien difficiles à évaluer.

À cela est venu s’ajouter une médiatisation importante, en lien notamment avec le recours (partiel) à ce type de financement de plusieurs grands acteurs de l’IA. Les récentes difficultés de l’un des fonds de Blue Owl Capital, dont le partenariat avec Meta a été très commenté l’année dernière, renforce la défiance du marché, laissant planer la menace de sorties massives d’investisseurs détenant des parts de fonds actifs dans les crédits privés. Sans réelle surprise, les actions des grands noms de l’industrie tels que Blackstone, KKR, Apollo et bien sûr Blue Owl ont abandonné une vingtaine de pour cent en février.

L’actualité chargée du mois écoulé, principalement de l’autre côté de l’Atlantique, ne nous fait pas pour autant oublier la zone européenne ni les pays émergents, loin s’en faut. Pour le vieux continent, février a été un bon cru boursier, l’indice Stoxx 600 gagnant plus de 3.7% et accentuant sa surperformance vis-à-vis de son homologue américain. Ce résultat n’est en revanche pas à mettre sur le compte d’une croissance européenne soudainement plus dynamique, mais résulte plutôt d’une composition sectorielle toujours très différente de celle du S&P 500. En d’autres termes, l’indice européen subit moins les doutes induits par les dépenses liées à l’IA. Mieux encore, la première capitalisation européenne, ASML, active dans l’industrie des semiconducteurs, est perçue comme l’un des grands gagnants des immenses flux d’investissement actuels et affiche une hausse de plus de 30% en 2026. S’ajoute à cela le boom de nombreuses valeurs énergétiques européennes, renouvelables notamment ou encore liées à l’électrification.

Ce sont les marchés émergents qui tirent le mieux leur épingle du jeu en 2026 et notamment la zone asiatique, qui semble bien positionnée pour profiter pleinement des investissements liés à l’IA

Enfin, comme déjà évoqué précédemment avec l’exemple de la Corée du Sud, ce sont les marchés émergents qui tirent le mieux leur épingle du jeu en 2026 et notamment la zone asiatique, qui semble bien positionnée pour profiter pleinement des investissements liés à l’IA tout en paraissant moins exposée aux aléas de l’administration américaine et aux déclarations du président Trump. Sans faire d’étincelles boursières particulières ni témoigner d’un rebond concret de son activité économique, la Chine parait désormais avoir mangé son pain noir et être en mesure de prendre part de manière crédible à la course à l’IA, principalement dans certains segments comme la robotique.   

Nos allocations ont traversé février sereinement, engrangeant de la performance, dans la lignée de janvier. Les différents sujets évoqués dans ce feuillet ne nous incitent pas à modifier leur composition. Cette dernière, à travers les grandes classes d’actifs détenues, nous parait adaptée pour faire face aux incertitudes actuelles et devrait à nouveau démontrer sa capacité à affronter un potentiel regain de volatilité, qu’il soit induit par des évènements géopolitiques ou financiers. Nos choix de détenir une importante exposition à l’or, de faire la part belle aux actions émergentes ou encore d’investir dans des stratégies alternatives décorrélantes nous confortent dans cette opinion.

Pour reprendre la citation de Churchill (ou de Jim Rohn), il nous semble plus important de construire des portefeuilles adaptés aux changements et capables de faire face aux turbulences boursières, souvent temporaires, qui les accompagnent, plutôt que de chercher à déterminer avant tout le monde si la direction qui est prise est la bonne. Nous continuerons de privilégier l’adaptabilité de notre gestion au-delà de prédictions incertaines.