MARKET INSIGHT – Avril 2026
MARKET INSIGHT
L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.
Opération « furie épique » aussi sur les marchés en mars…
Sans surprise, les marchés financiers ont été fortement influencés par le conflit iranien durant tout le mois de mars. Au-delà des aspects militaires, ce sont bien sûr les conséquences de la guerre sur les prix de l’énergie qui impactent les actifs financiers et imposent aux investisseurs de potentiellement revoir leur copie pour les mois à venir. Il parait, à ce stade du conflit, bien difficile de privilégier une issue plutôt qu’une autre, d’autant plus que le président Trump, fidèle à lui-même, multiplie les déclarations contradictoires.
Le processus « en cascade » habituel d’un choc haussier sur le prix du baril est à l’œuvre, faisant craindre une remontée de l’inflation et modifiant les anticipations de politique de taux d’intérêt des banquiers centraux. S’ajoutent à cela des craquements de plus en plus évidents du marché du crédit privé aux États-Unis, où de nombreux investisseurs se heurtent désormais à un gel de leurs demandes de remboursement dans des fonds spécialisés en « private credit ». C’est donc fort logiquement que nous avons assisté au cours des dernières semaines à un recul marqué des marchés actions, en parallèle d’une pression accrue sur les obligations. L’or a également rendu la quasi-totalité de la performance engrangée en 2026. Comme le dit l’expression bien connue des financiers en temps de crise : « no place to hide ».
« Il est plus facile de faire la guerre que la paix ». Bien avant de donner son nom à un célèbre porte-avions de la marine française, Georges Clémenceau soulignait déjà, il y a plus de 100 ans, cette triste réalité qu’il est bien plus aisé de démarrer un conflit armé que d’y mettre fin. Ce n’est pas l’actualité des dernières années qui le contredira. Le président Trump se trouve désormais en première ligne face à cette réalité. Les prochaines élections de mi-mandat (novembre) et l’impact de la hausse du prix des carburants sur les consommateurs américains devraient toutefois l’inciter à la prudence quant à l’hypothèse d’un conflit de longue durée au Moyen Orient. L’ampleur de la perturbation induite par le conflit iranien et surtout par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage maritime stratégique pour l’acheminement du pétrole vers de nombreux pays, notamment asiatiques, n’est en rien une surprise. Comparaison n’étant pas raison, il est prématuré de parler d’un choc pétrolier comme ceux subis par l’économie mondiale dans les années 70. La structure de cette dernière est du reste bien différente en 2026 et notablement moins « intensive » en pétrole qu’elle ne l’était par le passé. N’en demeure pas moins que le prix du baril a augmenté de 40% en mars, envoyant une onde de choc légitime à travers toutes les classes d’actifs.
Le prix du baril a augmenté de 40% en mars, envoyant une onde de choc légitime à travers toutes les classes d’actifs
Dans ce contexte, ce sont les actions émergentes qui ont le plus reculé en mars, d’une dizaine de pour cent. Il est cependant important de garder à l’esprit qu’elles avaient très bien débuté 2026, portées notamment par le secteur technologique. Leurs homologues européennes subissent elles aussi les craintes d’un ralentissement économique sur le vieux continent et de potentielles hausses de taux à venir de la part de la BCE en cas d’une remontée avérée de l’inflation. Enfin et c’est finalement assez logique, les actions américaines ont relativement moins souffert en mars, le S&P 500 abandonnant environ 6% à l’heure où nous écrivons ces lignes. L’économie US est moins dépendante énergétique-ment, même si la hausse de 22% des prix à la pompe aux Etats-Unis n’est pas sans conséquence, loin s’en faut.
Comme mentionné précédemment, les investisseurs n’ont guère eu l’opportunité de se réfugier vers des actifs immunisés contre la hausse du prix du baril. Comme en 2022 lors de l’invasion russe en Ukraine, les marchés obligataires ont connu un mois particulièrement difficile avec notamment de fortes tensions sur les parties longues des courbes. Les anticipations de hausses de taux en Europe ont fortement pénalisé les obligations européennes. Même son de cloche aux États-Unis, bien qu’il semble tout de même assez improbable, suite à sa nomination par le président Trump, d’entendre prochainement le futur patron de la FED Kevin Warsh parler de hausses de taux. Avec la situation actuelle, ce dernier voit en revanche un dilemme croissance vs inflation se profiler en guise de cadeau de bienvenue lors de sa prochaine prise de fonctions d’ici quelques semaines.
Pour rester du côté américain, un autre problème continue d’inquiéter les investisseurs et se trouve logiquement renforcé par le contexte actuel sur les marchés financiers. Les « cafards » évoqués il y a quelques mois par Jamie Dimon, patron iconique de JP Morgan, pour désigner les problèmes rencontrés par l’industrie du crédit privé semblent de plus en plus nombreux. Après des années d’un marketing agressif de ces produits, notamment auprès d’un public de particuliers, la réalité semble en passe de rattraper les (trop) belles promesses de cette classe d’actifs, dont les rendements attendus ont souvent été décrits comme proches de ceux des actions, avec une volatilité plus faible et une capacité à être « semi-liquides ». La crise du segment des softwares, maltraité par les développements de l’IA, met en lumière depuis quelques mois que bon nombre de prêts ont été accordés à des entreprises n’ayant pas l’opportunité de se financer via le système bancaire traditionnel, faute de bilans suffisamment solides. Aujourd’hui, le stress des investisseurs ayant alloué dans ces produits parait susceptible d’initier un phénomène de « bank run » dans les véhicules commercialisés par les grands acteurs des actifs privés. Un problème que nous ne jugeons pas systémique comme certaines Cassandres aiment à le prédire mais d’une ampleur suffisamment conséquente pour être pris très au sérieux.
La question de l’allocation d’actifs se pose dans le contexte actuel, comme lors de chaque correction des marchés. Il est tout d’abord important de mentionner que, comme très régulièrement décrit dans ce feuillet, l’accent permanent mis sur la construction de nos portefeuilles et la recherche de robustesse de ces derniers dans des phases de marché plus compliquées ont démontré leur importance en mars. Pas de miracle, bien sûr, du côté des performances dans un environnement de baisse généralisée de toutes les grandes classes d’actifs dans lesquelles nous investissons, mais un recul que nous jugeons très raisonnable à ce stade.
Quid désormais des prochaines semaines et du positionnement de nos allocations ? Nous considérons la visibilité sur le plan géopolitique comme très limitée. Le scénario d’une guerre de quelques jours avec des impacts faibles est désormais exclu. Celui d’un conflit plus long avec des impacts visibles sur les grands agrégats économiques (inflation, croissance…) est en cours. À ce stade, nous jugeons qu’un cessez le feu rapide permettrait encore à l’économie mondiale d’absorber le choc du dernier mois écoulé et de reprendre la trajectoire qui était la sienne jusqu’à fin février. Enfin, l’hypothèse d’un conflit de longue durée plongerait de nombreuses économies dans la récession et nous forcerait à remanier nos allocations afin de mieux coller à la nouvelle réalité économique.
N’oublions pas trop vite que la croissance au pays de l’Oncle Sam demeure soutenue, même si largement induite par les immenses investissements réalisés dans l’intelligence artificielle
En l’état actuel des choses, l’inflation devrait atteindre 4% aux États-Unis au cours des prochains mois, s’éloignant de la perspective d’atteindre la cible officielle de la FED de 2%. Des relations d’affaires désormais tendanciellement moins mondialisées, et la volonté de l’administration américaine de maintenir sa politique tarifaire, ne laissaient de toute façon que peu d’espoir d’assister à un recul marqué de l’inflation. N’oublions pas trop vite que la croissance au pays de l’Oncle Sam demeure soutenue, même si largement induite par les immenses investissements réalisés dans l’intelligence artificielle. La hausse du prix du baril, même si elle devait s’inscrire à moyen terme, ne va pas complètement annihiler la dynamique économique dont le soutien de l’innovation technologique, à travers le déploiement de l’intelligence artificielle, reste puissant.
La saison des résultats qui débutera dans les prochaines semaines sera bien sûr marquée du sceau d’un environnement plus incertain et il ne fait guère de doute que de nombreuses prévisions de résultat seront dès lors plus nuancées. Cependant, il n’est de loin pas exclu que les chiffres communiqués par les entreprises pour le premier trimestre de l’année rassurent bon nombre d’investisseurs, notamment dans le secteur technologique où les cours de bourse des géants américains ont été sous pression en 2026, revenant à des niveaux attractifs. Le segment des softwares pourrait lui-même surprendre après des mouvements baissiers qui, dans de nombreux cas, paraissent refléter un pessimisme excessif de la part des opérateurs.
Nous ne pouvons bien évidemment pas nous satisfaire d’un mois où la performance de nos portefeuilles s’inscrit en recul. En revanche, les résultats du test grandeur nature de leur capacité à traverser les périodes de turbulence sans afficher une volatilité excessive sont pour le moment rassurants et ne nous forcent pas à donner un « coup de volant » abrupt dans notre allocation. Duration courte de la partie obligataire, exposition aux actions des secteurs de l’énergie (au sens large), de la consommation de base, des services publiques et présence de produits alternatifs long/short se sont révélés de précieux diversifiants au cours des dernières semaines.
Nous ne pouvons qu’espérer que le président Trump fera mentir l’affirmation de Clémenceau et qu’il pourra rapidement se targuer d’un « deal » avec le régime iranien marquant la fin des hostilités et la réouverture du détroit d’Ormuz.
