DEC 2025 | NO 12

MARKET INSIGHT – Décembre 2025

MARKET INSIGHT

L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.

Beaucoup de bruit pour pas grand-chose

Un investisseur revenant d’une retraite de yoga loin de toute technologie et sans aucun accès à de l’information financière aura certainement entendu des discours alarmistes quant au mois de novembre fraichement écoulé. En effet, les termes de « correction », de « crise » ou encore « d’indices de la peur » à des niveaux proches de ceux de 2020 ont été régulièrement évoqués ces dernières semaines. Pourtant, les actions ont terminé le mois à des niveaux proches, voire un peu meilleurs que fin octobre. Alors info ou intox ?

La publication des chiffres du 3ème trimestre de la première capitalisation mondiale, Nvidia, devait jouer le rôle de juge de paix concernant le bien fondé des valorisations élevées d’un secteur technologique dopé à l’IA depuis bientôt trois ans. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les résultats du géant américain des semi-conducteurs n’ont pas déçu, loin s’en faut. Mais la psychologie des investisseurs n’est pas une science exacte et, après un accueil initial très positif, c’est une importante rotation sectorielle en défaveur de la technologie qui s’est mise en place dès mi-novembre, avant un rebond durant les derniers jours du mois.

« À court terme, le marché est une machine à voter, mais à long terme, c’est une machine à peser ». Parmi les nombreuses citations attribuées au légendaire investisseur Benjamin Graham, celle-ci illustre le « bruit » qui entoure régulièrement les opérateurs de marché à court terme, avant que ces derniers ne distinguent plus clairement avec le temps les bonnes sociétés des mauvaises. Les dernières semaines ont été chargées en commentaires alarmistes, notamment concernant certaines grandes valeurs technologiques, dont les immenses investissements dans les data centers, et parfois leur traitement comptable, suscitent des craintes.

À ce stade, il parait bien audacieux d’affirmer ou d’infirmer qu’elles sont légitimes. L’ampleur de la monétisation de l’intelligence artificielle demeure difficile à évaluer et ne permet pas de juger si les grands acteurs de la technologie en font trop en termes de « capex ». Gardons donc sobrement en tête que des compagnies comme Microsoft, Meta, Alphabet ou encore Amazon sont des géants aux modèles d’affaires éprouvés et à la rentabilité importante. Un retour sur investissement qui viendrait à être plus long à se concrétiser qu’initialement escompté, ou l’avènement d’un vainqueur unique dans la course à l’IA, auraient évidemment des conséquences importantes pour ces mastodontes, sans toutefois les condamner.

L’ampleur de la monétisation de l’intelligence artificielle demeure difficile à évaluer et ne permet pas de juger si les grands acteurs de la technologie en font trop en termes de « capex »

Gardons également à l’esprit qu’Open AI, pierre angulaire de la plupart des investissements liés à l’IA, reste une startup chargée des promesses les plus folles mais à la profitabilité encore incertaine. Comme souvent, nous nous attacherons dans les mois à venir à faire preuve de raison et de pragmatisme concernant le secteur de la technologie, sans basculer dans l’euphorie ni dans des craintes excessives vis-à-vis des grands noms du domaine.      

Le bruit, toujours le bruit, a également concerné la FED en novembre et la poursuite de la baisse des taux d’intérêt. C’est avant tout cet élément qui a fortement perturbé l’humeur des opérateurs au cours des dernières semaines, la confiance envers une nouvelle baisse de taux de 25 points de base le 10 décembre prochain ayant été très fluctuante au gré des déclarations des différents membres de l’institution. Le plus long « shutdown » de l’histoire des États-Unis a privé la banque centrale américaine de données tangibles et la potentielle baisse de taux attendue en décembre ne sera pas débattue à la lumière d’autant d’indicateurs économiques qu’habituellement, notamment concernant l’inflation et l’emploi.

La thèse d’une économie américaine en forme de « K » semble se confirmer avec d’un côté une frange en pleine croissance bénéficiant de l’engouement pour l’IA et de l’autre des secteurs tournant clairement au ralenti, avec un consommateur toujours très sélectif dans ses achats. La crainte d’un rebond de l’inflation n’est de loin pas une hypothèse qu’il est possible d’écarter en 2026 et un tel développement viendrait anéantir les espoirs des opérateurs quant à une poursuite linéaire de la baisse des taux d’intérêt. La reprise du rythme normal des publications économiques permettra d’y voir plus clair. La FED et son futur nouveau président, dont Donald Trump serait sur le point d’annoncer l’identité, devra alors se positionner entre soutien à un marché de l’emploi potentiellement ralenti ou lutte contre un retour de l’inflation.

Bien peu de nouveautés en Europe au cours des dernières semaines. Le couple franco-allemand, jadis locomotive de l’UE, continue de se débattre, chacun des deux pays tentant de sortir de leur torpeur respective. La paralysie politique française ne se dément pas et toujours aucun budget 2026 n’a pu voir le jour. Cette situation presque risible, et pour le moins lassante aux yeux de bon nombre de citoyens français, ne sera pas sans conséquence pour l’économie et les finances du pays dont un « downgrade » supplémentaire de la dette semble inévitable.

Côté allemand, l’industrie automobile reste plongée dans le marasme. Il semble de plus en plus clair que les grands constructeurs allemands auront du mal à faire redécoller leurs ventes en Chine, où les acteurs locaux, largement subventionnés par Pékin, se livrent désormais une guerre des prix sans merci. À cela s’ajoutent les tarifs américains, la croissance molle en Europe, ainsi que la cacophonie quant à la date butoir de 2035 décidée pour l’arrêt complet de la vente de voitures à moteurs thermiques. La filière automobile allemande se retrouve à genou et l’impact de cette situation est très important au sein de la première économie européenne.

Dans un cas comme dans l’autre, le président Macron et le chancelier Merz font face à des impopularités records. Leur présence soutenue sur les questions internationales, notamment la guerre en Ukraine, ne masque pas une certaine impuissance à faire redémarrer la machine économique des deux côtés du Rhin. Sans une amélioration de la dynamique au sein des deux plus grandes économies européennes, il s’avèrera compliqué d’attendre plus qu’une croissance molle pour le « vieux continent » l’année prochaine.

Le cas chinois n’a, lui non plus, pas montré de grandes évolutions en novembre. Les plus optimistes pourraient mettre en avant un certain « réchauffement » des relations entre les présidents Trump et Xi Jinping, mais il semble plus réaliste de penser qu’une opposition frontale, notamment en matière commerciale, ne peut satisfaire aucune des deux parties. Celles-ci font donc preuve d’un certain pragmatisme, évitant soigneusement de paraitre en situation de faiblesse ou de soumission. Si le pays ne s’enfonce plus dans une spirale économique négative consécutive à l’immense bulle immobilière des dernières années, il ne s’en relève pas pour autant. Les consommateurs demeurent très prudents et l’ère flamboyante des années pré-Covid parait toujours aussi lointaine. Cependant, les immenses progrès réalisés par la Chine dans les secteurs de la technologie et des énergies renouvelables ne peuvent être ignorés et nous incitent à garder une opinion favorable sur les marchés émergents pour 2026.

Les immenses progrès réalisés par la Chine dans les secteurs de la technologie et des énergies renouvelables ne peuvent être ignorés

À l’heure d’entamer le mois de décembre, nous pouvons tirer un premier bilan de l’année écoulée et nous tourner vers 2026. Nos allocations affichent de très bons résultats, après des millésimes 2023 & 2024 de bonne facture. Fidèles à notre idée que l’allocation d’actifs et la construction diversifiée des portefeuilles sont nos meilleurs atouts, nos allocations ont traversé 2025 et ses accès de volatilité (avril, novembre) sans coup férir et en générant de la performance.

Notre exposition aux actions a été augmentée progressivement au cours de l’année et nous n’excluons pas un dernier rehaussement, après la prochaine décision de la FED le 10 décembre prochain.

Les performances sont mesurées de manière calendaire, mais le positionnement des portefeuilles et sa dynamique n’ont, quant à eux, pas de contrainte temporelle. Nous entamerons donc 2026 avec l’idée que les actions restent centrales dans la génération de performance, mais qu’elles nécessiteront de ne pas se laisser obnubiler par le seul thème de l’intelligence artificielle. Ce sont bien la politique monétaire américaine et les agissements de la FED – et de son nouveau président à compter de mai 2026 – que les opérateurs scruteront avant tout.

L’or s’affiche comme le second contributeur à la performance de nos portefeuilles cette année. Malgré une hausse de plus de 50% en 2025, le métal jaune garde nos faveurs pour l’année prochaine. La trajectoire de la dette américaine, les tensions géopolitiques et le coup de mou du dollar sont autant de bonnes raisons de penser que l’or reste un actif de choix, véritable stabilisateur de nos allocations.

Enfin, nous continuerons de proposer une exposition très diversifiée aux obligations, mêlant stratégies actives, passives et même alternatives, afin d’aller chercher les meilleures opportunités de rendement, qu’il s’agisse d’emprunts d’états ou de dettes d’entreprises, tant dans les pays développés que sur les zones émergentes.

Après une année de présidence Trump 2.0 et les grands chamboulements que cela implique, il nous parait essentiel de continuer à nous efforcer d’être « des machines à peser » au sens de Benjamin Graham, sans nous laisser distraire par le bruit ambiant. Nous continuerons en 2026 à nous concentrer sur l’analyse des faits concrets pour y adapter la composition de nos portefeuilles, sans sacrifier ni prise de risque ni prudence.