NOV 2025 | NO 11

MARKET INSIGHT – Novembre 2025

MARKET INSIGHT

L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.

À l’approche des sommets, l’air se raréfie

Dans la foulée d’un mois de septembre qui avait déjà démenti sa piètre réputation boursière, octobre a permis aux marchés actions de rester orientés vers les sommets. Certes, ce fut non sans mal, l’inimitable président Trump remettant de l’huile sur le feu des relations sino-américaines, cette fois au sujet des fameuses terres rares, dont la Chine semble bien décidée à se servir comme argument de négociation avec le reste du monde. Sans faire de jeux de mots douteux, nous dirons que c’est de bonne guerre. Heureusement, ce même Donald Trump, dans un comportement désormais habituel de rétropédalage, s’empressa de calmer les opérateurs après avoir au passage déclenché la plus grande liquidation de cryptomonnaies de l’histoire. On ne se refait pas.

Le président américain s’est ensuite envolé pour une tournée asiatique d’où il nous gratifie, à l’heure où nous écrivons ces lignes, de quelques pas de danse et, bien sûr, de déclarations pleines d’optimisme, tant sur les « deals » à venir avec ses homologues, dont le président Xi, que sur la révolution technologique que vit actuellement le monde, guidé dans cette voie par les plus grandes entreprises de la « tech » américaine. Qu’on l’apprécie ou non, Donald Trump aura donc une fois encore démontré ces dernières semaines l’étendue de son influence auprès des investisseurs.

Dans le classique de Jules Vernes « Voyage au centre de la Terre », (paru il y a déjà plus de 160 ans !), l’illustre auteur français indiquait qu’il fallait « prendre des leçons d’abîme ». Autrement dit, qu’il fallait se confronter à ses peurs afin de pouvoir les dépasser. Depuis maintenant bientôt trois ans, la trajectoire des marchés actions, américains notamment, conduit inexorablement les opérateurs à se confronter à une peur qu’ils connaissent bien.

Le spectre d’une prise de conscience abrupte que les valorisations actuelles seraient excessives vis-à-vis de la réalité économique, et que les niveaux de bénéfice des entreprises pourraient être moins élevés qu’anticipés, s’invite légitimement dans nos esprits. Peu importe que ces craintes prennent la forme d’une bulle de l’IA, d’une crise de la dette américaine ou encore d’une perte d’indépendance de la FED (ou un mix des trois), il convient d’en faire régulièrement l’état des lieux.

Le spectre d’une prise de conscience abrupte que les valorisations actuelles seraient excessives vis-à-vis de la réalité économique, et que les niveaux de bénéfice des entreprises puissent être moins élevés qu’anticipés, s’invite légitimement dans nos esprits

Le dernier mois écoulé a été pauvre en données économiques aux États-Unis, la faute au « shutdown » du gouvernement, bien parti pour devenir le plus long de l’histoire du pays. Malgré cette situation, la publication des chiffres de l’inflation a permis de constater que le rebond de celle-ci semble moindre que prévu, ouvrant potentiellement la voie à la FED pour procéder à deux baisses de taux cette année. Un premier bon point en termes de visibilité.

Dans un registre moins réjouissant, quelques inquiétudes ont subitement fait surface sur le marché des crédits privés. La réalité a rattrapé certains grands acteurs du secteur, dont plusieurs prêts accordés à des entreprises aux bilans probablement douteux ont implosé. Jusqu’ici rien de catastrophique, mais l’expérience nous démontre que les problèmes touchant la sphère bancaire et financière peuvent se répandre comme une trainée de poudre et comportent souvent de nombreuses ramifications. Attention donc à l’effet domino.

Pour rester au pays de l’Oncle Sam, et comme c’est le cas depuis de nombreux trimestres, la saison des résultats va servir d’arbitre. Ce sera notamment le cas pour les valeurs technologiques, dont les cours ont été dopés à l’intelligence artificielle ces deux dernières années. Nous approchons mécaniquement de la fin d’une période dorée pour le secteur, durant laquelle les annonces répétées d’investissements pharaoniques, notamment dans la construction de « data centers », ont enthousiasmé les investisseurs. Cette phase devrait prochainement laisser place à une appréciation plus terre à terre de la monétisation de l’intelligence artificielle, et donc des retours concrets sur investissement des gigantesques montants déployés. Autant dire qu’un retard à l’allumage, ou des retombées plus faibles qu’attendues (ou moins quantifiables), seraient une mauvaise nouvelle pour l’indice S&P 500, aujourd’hui composé à plus de 40% de sociétés technologiques, et dont les capitalisations de Nvidia, Microsoft et Apple comptent pour plus de… 13 trillions de dollars.

Place à l’Europe, où les préoccupations et l’actualité sont bien différentes. Même l’intelligence artificielle n’a pour le moment pas trouvé de solution miracle au problème français, dont la saga gouvernementale deviendrait presque ennuyeuse, faute de réelle évolution. N’en demeure pas moins que la quasi paralysie politique de la deuxième économie européenne se prolonge et n’est pas sans conséquences sur les marchés obligataires.

Le voisin allemand a, quant à lui, d’autres soucis, à commencer par la question d’une sortie d’un marasme économique qui s’éternise, symbolisé par l’important secteur automobile dont les ventes en Chine se sont notamment effondrées. Les derniers résultats de Porsche en sont une illustration. Sur les trois dernières années, c’est une baisse de près de 50% qui a frappé le cours de bourse de la mythique marque allemande… Pas de quoi rouler les mécaniques.

Une fois n’est pas coutume, quelques mots sur la Suisse, dont la résilience économique est mise à rude épreuve. La faute bien sûr aux ubuesques 39% de tarifs douaniers toujours en vigueur avec les États-Unis, mais aussi à une demande chinoise au point mort et au cas allemand, client historique de nombreuses entreprises helvétiques. La finance étant un univers impitoyable, le statut de valeur refuge du franc suisse donne à la devise locale une force dont beaucoup d’entreprises exportatrices se passeraient bien actuellement. Les révisions à la baisse de la croissance économique se succèdent donc logiquement pour 2026, sans toutefois, à ce stade, pointer vers une récession.

La Chine, enfin, continue de faire face aux mêmes difficultés depuis la fin du Covid. Les retombées négatives de l’immense bulle immobilière restent bien visibles, incitant les consommateurs à faire preuve de prudence. L’impact des tarifs américains place le pays dans une situation de large surcapacité de production, notamment pour des biens fortement subventionnés par le gouvernement. Les voitures électriques et les panneaux solaires sont deux des exemples les plus connus. La volonté affichée du parti de faire pivoter le modèle économique du pays vers plus de consommation domestique se heurte, pour le moment, à la réalité d’un commerce international profondément altéré depuis le « Liberation Day » d’avril dernier.

Ce tour d’horizon économique nous amène à conserver notre scénario d’une croissance mondiale molle à venir. Les prix actuels du pétrole confirment que, malgré de nouvelles sanctions touchant les deux plus grands producteurs russes, l’or noir ne s’est pas envolé, la faute notamment à une faible demande et des échanges commerciaux au ralenti. Attention cependant à ne pas confondre conjoncture mondiale timide et indices boursiers qui, pour le coup, ne donnent pas la même image.

Attention cependant à ne pas confondre conjoncture mondiale timide et indices boursiers qui, pour le coup, ne donnent pas la même image

Pleinement conscients d’une certaine forme de décalage entre la réalité économique et celle des marchés financiers, il nous parait important de ne pas peindre le diable sur la muraille concernant ces derniers, qui plus est dans le cadre d’une allocation d’actifs diversifiée. Octobre s’est d’ailleurs révélé être un mois de bonne facture pour nos portefeuilles, portés par nos investissements dans les actions technologiques ou encore dans les valeurs d’électrification, bénéficiant elles aussi du boom de l’IA. Les marchés émergents, bien aidés là encore par les grandes valeurs technologiques chinoises et sud coréennes notamment, ont eux aussi connu un très bon mois. L’or a de nouveau été un contributeur à la performance, le métal jaune prolongeant son impressionnante trajectoire haussière de 2025, malgré un accès de volatilité.  

La diversification patiemment construite dans nos allocations aux cours des derniers trimestres continue de porter ses fruits. Ces dernières ont traversé sans encombre les quelques séances plus volatiles d’octobre induites par les déclarations de Donald Trump sur la Chine et la menace de potentiels tarifs supplémentaires vis-à-vis de Pékin. Au moment d’entrer dans le vif du sujet avec les publications des mastodontes de la technologie, les attentes de résultats pour le troisième et le quatrième trimestre 2025 ne nous paraissent pas exagérées.

En outre, la conjonction d’un rebond d’inflation a priori moins prononcé qu’attendu et du ralentissement désormais assez net de l’économie américaine, hors secteur technologique, laisse à penser que la Réserve Fédérale Américaine devrait indiquer, toujours avec prudence mais un peu plus clairement, qu’un assouplissement monétaire est désormais engagé.

L’ensemble de ces éléments nous incite à augmenter légèrement la part actions de nos allocations en prenant garde de ne pas diluer la pondération des marchés émergents que nous continuons de privilégier.

Nous ne voyagerons pas au centre de la Terre comme le héros de Jules Vernes, mais la rigueur de notre processus de construction de portefeuille, et la diversification qui en résulte, nous permettent d’éviter d’avoir à prendre trop de « leçons d’abîme » pour naviguer dans l’environnement actuel.