OCT 2025 | NO 10

MARKET INSIGHT – Octobre 2025

MARKET INSIGHT

L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.

Septembre déroge à sa réputation

Le retour aux affaires post-estival est souvent perçu comme une période peu favorable sur les marchés financiers. Ainsi, septembre et octobre trainent la réputation de mois boursiers délicats. 2025 n’a pour le moment pas confirmé les craintes d’un effet saisonnier négatif, merci encore une fois aux annonces liées à l’intelligence artificielle et à l’ampleur des contrats signés entre les géants du secteur technologique, qui ont continué d’impressionner les investisseurs.

Attention cependant à ne pas trop se laisser bercer d’illusions. Le dernier mois écoulé a aussi vu le cours de l’or s’envoler de quasiment 10% supplémentaires. Cette accélération du rallye du métal jaune, pourtant déjà conséquent cette année, illustre en partie le paradoxe auquel font face les opérateurs. D’un côté, une grande confiance accordée au secteur de la technologie et, de l’autre, des craintes légitimes liées à la géopolitique, au poid de la dette de nombreux grands pays développés ou encore à la politique polarisante menée par l’administration Trump sur à peu près tous les fronts.

En 1965, l’artiste française Barbara évoquait, elle aussi, le paradoxe des fins d’été dans sa chanson Septembre. L’icône tricolore, bien que surnommée la « dame en noir », y décrivait la tristesse d’une histoire d’amour se terminant alors que septembre offrait encore « un joli temps ». Les investisseurs, quant à eux, n’ont pas eu à fredonner un air de fin d’histoire d’amour avec les actions (surtout celles liées à l’IA).

À l’heure d’entamer le dernier trimestre de l’année, il peut paraitre tout aussi légitime de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein concernant les marchés actions. Du côté des valorisations, ces dernières sont chères. Jérôme Powell n’a d’ailleurs pas dit le contraire lors d’une de ses interventions récentes. De concert avec ses collègues de la Réserve Fédérale, il a cependant procédé sans surprise à une première baisse de taux et a évoqué la perspective de deux baisses supplémentaires cette année. Le discours du président de la FED n’a logiquement pas été aussi « dovish » que ce que les plus fervents supporters de Donald Trump pouvaient espérer, et pour cause, l’effet des tarifs douaniers commence à se faire sentir dans les données économiques et semble ne pouvoir que s’amplifier au cours des prochains trimestres, alimentant une remontée de l’inflation.

La banque centrale a fait le choix d’adresser d’abord le problème d’une économie américaine tournant au ralenti, sans pour autant perdre de vue le rebond inflationniste qui se dessine

Dès lors la banque centrale a fait le choix d’adresser d’abord le problème d’une économie américaine tournant au ralenti, sans pour autant perdre de vue le rebond inflationniste qui se dessine. Ce faisant, Jérôme Powell s’épargne pour une fois les foudres du président américain, dont les manœuvres pour tenter de politiser la FED ne sont guère bien accueillies par les investisseurs, à juste titre.  

Aux États-Unis toujours, septembre a été marqué par la signature de contrats records entre grands acteurs de l’intelligence artificielle. Cette fois-ci, c’est Oracle qui en a le plus bénéficié avec une hausse de 35% de son cours boursier pour la seule journée du 10 septembre, faisant suite à l’annonce de perspectives de ventes de son unité Cloud tout simplement phénoménales. OpenAI a par la suite été identifié comme étant le principal nouveau client de la firme. Cette frénésie autour de l’entreprise développant ChatGPT ne s’est de loin pas essoufflée puisque, moins de deux semaines plus tard, c’est l’annonce d’un partenariat stratégique dans les data centers entre Nvidia et OpenAI qui tombait, impliquant un investissement du premier en faveur du second allant jusqu’à 100 milliards au fil du temps. Tout simplement ébouriffant !   

Malgré ces chiffres titanesques, il convient de ne pas tomber dans l’euphorie, car le secteur technologique, si important soit-il désormais (près de 40% de l’indice S&P 500), ne diminue en rien les défis auxquels l’économie de l’oncle Sam fait face. Un marché du travail à l’arrêt, où les petites et moyennes entreprises, notamment, ne créent plus d’emplois. Un consommateur très regardant sur ses dépenses et dont la sélectivité dans les achats s’est encore accrue. Une trajectoire de la dette qui va résolument à l’opposé d’une réduction de cette dernière. Enfin, de manière générale, une instabilité chronique due aux annonces erratiques de l’administration en place. S’ajoute à ces différents élément le sentiment d’une certaine accélération de la polarisation au sein de la société américaine.

Ce climat crée de l’incertitude, offrant une visibilité réduite à de nombreux acteurs économiques. Ces derniers optent donc régulièrement pour le statu quo, qu’il s’agisse de consommation, d’investissement ou d’embauche. La sensation d’être sur un « terrain glissant » vient quelque peu gripper différents rouages de la machine économique américaine.

Du côté du vieux continent, l’ambiance est très différente et les paradoxes moins flagrants. La croissance européenne ne fait certes pas d’étincelles, mais ne donne pas non plus de sueurs froides aux investisseurs. La BCE n’est de loin pas dans une situation comparable à celle de la FED et offre plus de visibilité. En revanche, l’accélérateur que représente le boom de l’intelligence artificielle n’y est que très peu représenté et l’Union Européenne reste composée de pays aux dynamiques économiques bien différentes.

Le cas français est notamment un point d’inquiétude actuellement. L’instabilité politique consécutive à la nomination d’un nouveau premier ministre (le 5ème du second mandat du président Macron) est un boulet attaché au pied du pays. L’absence de continuité politique empêche la mise en œuvre de mesures concrètes pour tenter de sortir de la spirale d’endettement dans laquelle la France s’enfonce. De plus, un retour des tensions sociales n’est pas à exclure, tant – là aussi – la polarisation semble avoir gagné du terrain ces derniers mois au sein de la population

En Allemagne, l’industrie automobile, fleuron historique et grand pourvoyeur d’emplois, vit des heures difficiles. Entre les tarifs américains couplés à la faiblesse du dollar, une demande chinoise en berne et la concurrence de plus en plus intense sur le marché des véhicules électriques, les grands groupes automobiles allemands ne peuvent plus faire office de locomotive économique pour le pays.

À l’inverse, les pays du sud de l’Europe continuent, eux, de surfer sur une vague plus positive, à commencer par l’Italie et l’Espagne, dont les agences de notation ont salué récemment les efforts accomplis ces dernières années en matière de budget et de stabilité politique.

Impossible, enfin, de ne pas évoquer la défense européenne à l’heure où le Kremlin teste dangereusement les limites des membres de l’OTAN et accumule les provocations. Cette évolution négative de la géopolitique aux frontières de l’Europe force de nombreux États membres à revoir à la hausse leurs dépenses militaires, ce qui n’est pas toujours une bonne nouvelle pour l’assainissement des budgets de certains pays aspirant à une réduction de la charge d’intérêt de leur dette.

La Chine semble en mesure de concurrencer les mastodontes de l’IA basés aux Etats-Unis, et ce, en proclamant régulièrement qu’elle peut s’affranchir de la technologie américaine

Quelques mots, enfin, sur la Chine pour parachever ce rapide tour d’horizon des trois grandes zones mondiales. À l’instar des États-Unis, l’économie chinoise et les indices boursiers locaux donnent une image en trompe-l’œil. Peu de changements économiques depuis la fin du Covid et le dégonflement de la bulle immobilière. Les prix des logements poursuivent leur recul et la consommation demeure faible.  De plus, les tarifs douaniers et la surproduction de certains biens, comme les panneaux solaires ou encore les voitures électriques, ont indirectement mené à une forte hausse de l’endettement de l´État chinois, ce dernier subventionnant massivement des pans entiers de l’industrie du pays. Malgré ce contexte peu favorable, les indices boursiers ont beaucoup progressé cette année et leur potentiel semble encore intéressant. L’explication tient, là encore, à l’intelligence artificielle, où la Chine semble en mesure de concurrencer les mastodontes du secteur basés aux Etats-Unis, et ce, en proclamant régulièrement qu’elle peut s’affranchir de la technologie américaine, notamment en matière de semi-conducteurs. Il parait à ce stade probable que les grands groupes technologiques chinois seront capables de suivre le rythme effréné imposé par la Silicon Valley mais sans, a priori, être en mesure de vraiment prendre la main prochainement.

Dans ce contexte, nos allocations ont progressé durant septembre, portées par les expositions aux actions américaines, mais également aux marchés émergents et, bien sûr, à l’or. La cherté des actions s’étant accentuée au cours des dernières semaines, sans pour autant voir en contrepartie le niveau de l’incertitude, géopolitique notamment, reculer, nous privilégions nous aussi le statu quo.

Le retour prochain de la saison des résultats du troisième trimestre nous donnera de précieuses indications sur la forme de l’économie américaine et devrait confirmer, ou non, notre vision constructive, mais toujours diversifiée, de nos gestions. Après ce septembre 2025 et comme le disait Barbara soixante ans plus tôt, « jamais la fin d’été n’avait paru si belle ».