MARKET INSIGHT – Mai 2026
MARKET INSIGHT
L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.
La revanche de la technologie
Après un mois de mars difficile durant lequel les marchés actions ont été fortement perturbés par le début du
conflit en Iran et ses conséquences sur les prix de l’énergie, avril a été le théâtre d’un rebond à l’ampleur inattendue, particulièrement pour les actions américaines et asiatiques. C’est en effet sur ces deux zones que se concentrent en grande majorité les valeurs du secteur sur lesquelles les investisseurs se sont rués au cours des dernières semaines : la technologie et plus particulièrement les semi-conducteurs.
Alors que les prix de l’énergie sont loin d’avoir reflué et que le cessez-le-feu semble bien fragile, faute d’avancées concrètes sur la question de la réouverture du détroit d’Ormuz, le thème de l’intelligence artificielle a quant à lui changé de dimension dans l’esprit des investisseurs. Ces derniers ont davantage pris conscience du caractère concret et immédiat de ce changement technologique et perçoivent mieux ses retombées économiques, confirmées par la saison des résultats en cours.
« Le bonheur est comme un vieil ami ; il arrive toujours quand on s’y attend le moins, tandis qu’on est occupé à autre chose ». L’auteur américain Robert Inman (à ne surtout pas confondre avec l’amiral américain et ex-patron de la NSA Bobby Ray Inman !) illustre à travers cette citation le côté aléatoire des choses, au-delà de toute prévision. Peu d’opérateurs auraient en effet parié à la fin du mois de mars que le S&P 500 gagnerait quasiment 10% en avril, mieux encore, qu’un pur indice technologique (MSCI IT) culminerait lui à plus de 18% de hausse. Ces performances se sont bel et bien matérialisées dans un environnement toujours très incertain, notamment sur la question énergétique avec un baril dont le prix n’a pas quitté la zone des cent dollars.
Pourtant les investisseurs ne sont pas stupides, loin de là. Tout d’abord, et comme précédemment indiqué, ce sont avant tout les valeurs technologiques qui ont alimenté le récent rebond des marchés actions. Leur poids dans les grands indices, particulièrement aux États-Unis, a suffi à obtenir les performances enregistrées en avril. Cet engouement répond à la réalité financière florissante de nombreux segments du secteur technologique, particulièrement ceux ayant trait aux datacenters et à la construction de tout l’écosystème lié à l’IA.
Cet engouement répond à la réalité financière florissante de nombreux segments du secteur technologique, particulièrement ceux ayant trait aux datacenters et à la construction de tout l’écosystème lié à l’IA.
Deux éléments supplémentaires abondent en faveur du mouvement : 1) la monétisation chez les « pure players » de l’IA s’accélère, notamment chez Anthropic et 2) les « hyperscalers », Alphabet en tête, tiennent le rythme de leurs immenses CAPEX, voyant en parallèle leurs revenus, notamment ceux liés au cloud, continuer d’augmenter. Attention cependant à ne pas faire d’amalgame entre le cas technologique, si influent soit-il, et le reste du marché.
En effet, avril n’a de loin pas été le théâtre d’un rebond généralisé mais plutôt de rotations sectorielles de grande ampleur et souvent courtes, rendant la lisibilité générale assez faible. Le flot quasi ininterrompu de déclarations de Donald Trump quant à la situation iranienne ne permet pas à ce stade aux opérateurs de clairement se positionner, exception faite de la technologie. Ces derniers sont bien conscients que les prix de l’énergie sont mécaniquement inflationnistes, particulièrement en Europe où, en plus d’un prix élevé du baril depuis maintenant deux mois, des pénuries de certains carburants pourraient se matérialiser si rien n’évolue. Le vieux continent ne bénéficie pas de la même locomotive technologique que les États-Unis et l’indice Stoxx 600 n’a pas retrouvé fin avril son niveau d’avant le début de la guerre.
L’Union Européenne subit donc à nouveau les conséquences d’une situation dont l’origine n’a rien à voir avec elle. Les gesticulations du président américain autour de la situation iranienne et, il faut bien le reconnaitre, le sentiment qu’il a politiquement perdu la main dans la résolution du conflit, ne sont évidemment pas de nature à soutenir la croissance déjà « molle » de la zone. L’impact inflationniste du conflit réduit la marge de manœuvre de la BCE, dont le mandat unique (à l’inverse de la FED) de garantir la stabilité des prix pourrait l’amener prochainement à monter les taux d’intérêt dans l’hypothèse d’une poursuite de la hausse des prix des carburants, voire même d’une stabilisation à un niveau élevé.
Pas d’excès de pessimisme cependant, les turbulences géopolitiques et énergétiques rencontrées par les européens ces dernières années ont aussi permis une prise de conscience de la nécessité de plus de souveraineté et d’investissements dans de nombreux secteurs. Certains en tirent déjà les fruits, notamment l’énergie renouvelable, l’électrification et bien sûr la défense. Il ne fait guère de doute que dans un contexte international présentant enfin plus de stabilité, le potentiel de l’Europe est important. La défaite électorale en Hongrie de Victor Orban, véritable caillou dans la chaussure européenne ces dernières années, est un signe positif pour l’UE, dont la cohésion en sort renforcée, avant bien sûr d’autres élections à venir, notamment en 2027 avec la France.
Quelques mots sur la Chine, dont la situation ne semble guère évoluer. Les esprits chagrins parleront d’une bien décevante stagnation, quand d’autres croient toujours à un retour vers les années de forte croissance pré-Covid, induit notamment par l’intelligence artificielle et la robotique. La réalité se situe probablement à l’entre-deux avec un krach immobilier a priori sous contrôle, mais dont l’économie du pays a toujours bien de la peine à se remettre concrètement. Les développements des entreprises technologiques chinoises semblent d’excellente facture et ne requièrent pas les gigantesques CAPEX de leurs homologues américaines. Cependant, la thèse d’un deuxième moment « DeepSeek » venant démontrer que la Chine rivalise avec les États-Unis dans l’IA en investissant beaucoup moins parait désormais improbable.
L’enchainement mars-avril a permis une fois de plus de tester la solidité de nos allocations en mettant à l’épreuve de la volatilité leur construction et, par là-même, l’adéquation des différents éléments qui les composent. Au-delà des résultats très rassurants que nous avons obtenus durant la période récente, il parait important de souligner qu’une fois de plus, dans un environnement géopolitique très incertain et où les marchés financiers sont régulièrement agités par les déclarations de Donald Trump, mieux vaut éviter les grands « coups de volant » dans le pilotage de la gestion et plutôt miser sur une part actions suffisamment pondérée, agile et bien diversifiée.
Dans un environnement géopolitique très incertain et où les marchés financiers sont régulièrement agités par les déclarations de Donald Trump, mieux vaut éviter les grands « coups de volant » dans le pilotage de la gestion.
Ainsi, nos investissements en actions émergentes et les très bons résultats de nos deux produits actifs sur le thème de la technologie et de l’énergie au sens large (valeurs pétrolières, renouvelables et liées à l’électrification) ont été d’importants contributeurs de performance en avril. Au niveau obligataire, la remontée des taux d’intérêt liée aux craintes inflationnistes agit comme un frein mécanique à la performance de la classe d’actif. N’en demeure pas moins que nous conservons en l’état les différents produits qui composent la part obligataire de nos portefeuilles.
La duration relativement courte de cette dernière et sa grande diversification incluant des dettes d’entreprises à haut rendement et émergentes ainsi qu’une exposition à de la dette d’état (Europe/US) agit comme un excellent stabilisateur de la volatilité globale, induite majoritairement par les actions.
Cette capacité à ne pas trop subir les mouvements de marché tout en contribuant régulièrement à la performance de nos portefeuilles est bien sûr renforcée par les stratégies alternatives que nous détenons, même si ces dernières n’ont pas disposé ces dernières semaines du meilleur environnement pour fortement performer, les marchés actions offrant peu de tendances durables en dehors de la technologie. Un mot enfin sur l’or, dont la performance en avril s’est inscrite proche de l’équilibre. Nous restons convaincus de l’intérêt de détenir du métal jaune dans nos allocations, là encore dans un objectif de diversification mais également de performance, les résultats exceptionnels obtenus en 2025 ne nous paraissant clairement pas avoir marqué un plus haut.
De manière générale, il aura été crucial au cours des deux derniers mois de ne pas faire de raccourcis entre incertitude globale et résultats boursiers. Bien au contraire, des opportunités de générer de la performance sont apparues et ont profité aux gérants actifs capables de les exploiter. L’absence, depuis un an, d’impact des données macroéconomiques traditionnelles rend la lisibilité des marchés financiers plus faible. Les tarifs décrétés par l’administration Trump, puis la guerre avec l’Iran et désormais le statu quo du conflit sont des éléments qui ont fortement perturbés les mécanismes « classiques » de transmission des données économiques aux marchés financiers, sans pour autant rendre totalement irrationnels les investisseurs, loin s’en faut. L’inflation sera, elle, un indicateur très concret pour les mois à venir et nous la suivront de près.
Après tout, qui sait, le président Trump et même le futur patron de la Fed Kevin Warsh pourraient être ce vieil ami que l’on n’attend pas et apporter du bonheur aux investisseurs.
