MARKET INSIGHT – Juin 2026
MARKET INSIGHT
L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.
Don’t sell in May (and don’t go away)
Les proverbes financiers ont parfois la vie dure. En effet, contrairement à l’expression bien connue « sell in May and go away », les dernières semaines ont vu le très fort rallye technologique entamé début avril se poursuivre. Pour l’anecdote, on notera qu’au cours des derniers dix ans, seul le mois de mai de l’année 2022, dernière « annus horribilis » en date pour les financiers, a enregistré une performance négative. Pas vraiment de quoi crédibiliser l’hypothèse qu’il vaut mieux encaisser en mai les gains engrangés durant les quatre premiers mois de l’année et partir en vacances.
Pourtant on aurait presque pu y croire : bien peu d’amélioration sur le front de la guerre en Iran, sans avancée concrète dans le détroit d’Ormuz, et en parallèle une envolée des actions du secteur des semi-conducteurs, ce dernier devenant même le premier secteur de l’indice S&P 500. Cependant, derrière ce tableau « tout fait » pour inciter à la prudence, voire annoncer une correction imminente des marchés, se trouve une réalité économique et financière : celle d’une bulle dans la technologie mais une bulle des revenus ! Loin de refléter une frénésie acheteuse injustifiée de la part des investisseurs, les performances récentes des valeurs des semi-conducteurs répondent surtout à l’immense transfert de richesse dans leur direction auquel nous assistons.
« The trend is your friend ». Nous pensions ne pas avoir trouvé de proverbe boursier applicable en mai. Il suffisait en fait de ne rien changer vis-à-vis d’avril. La tendance technologique est encore et toujours notre amie sur les marchés financiers. N’en déplaise à certains, les opérateurs ont continué de célébrer les chiffres records annoncés par les producteurs de puces, ainsi que ceux de nombreuses entreprises fournissant des produits / services liés à l’infrastructure technologique requise par l’IA et les data centers.
Mieux encore, les dernières semaines ont été le théâtre d’un certain renouveau pour le segment des softwares. Un nombre non négligeable de ces valeurs, très durement impactées depuis 1 an par la concurrence de l’intelligence artificielle, retrouvent de la crédibilité auprès des opérateurs. Une meilleure visibilité quant aux gagnants et perdants du secteur des logiciels est en train de se mettre en place et permet ainsi de diversifier son exposition dans la technologie.
Une meilleure visibilité quant aux gagnants et perdants du secteur des logiciels est en train de se mettre en place et permet ainsi de diversifier son exposition dans la technologie.
Un dernier élément, enfin, à garder à l’esprit pour la technologie au cours des prochains mois tient bien sûr aux immenses IPO à venir. La première d’entre elles, Space X, est désormais imminente (programmée le 12 juin). Il est important de rappeler que malgré le focus « spatial » de l’entreprise d’Elon Musk, cette introduction en bourse représentera bien une première pour l’intelligence artificielle, SpaceX ayant absorbé xAI. Open AI puis Anthropic devraient à leur tour devenir des entreprises publiques en 2026, marquant vraisemblablement un tournant capital pour le thème de l’intelligence artificielle et les performances boursières qui lui incombent. À ce stade, il est bien difficile de déterminer si ces introductions géantes donneront lieu à d’importantes rotations sectorielles ou, au contraire, confirmeront l’emprise actuelle de la technologie sur les marchés financiers.
La géopolitique, elle, n’a que faire de la technologie. Le conflit en Iran occupe toujours largement l’actualité sans qu’une réelle évolution n’ait eu lieu en mai. Les investisseurs semblent tout de même avoir intégré l’idée que le fragile cessez-le-feu instauré il y a quelques semaines était durable, sans pour autant impliquer une reprise rapide de la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Malgré un prix du baril en recul d’une quinzaine de pour cent depuis ses plus hauts de début avril, la dynamique inflationniste et sa cascade de conséquences sur l’économie et l’attitude des banquiers centraux reste bien sûr d’actualité.
À ce stade, il apparait en revanche que certains discours initiaux alarmistes entendus au début du conflit quant à l’imminence d’un nouveau choc pétrolier comparable à ceux connus dans les années 70 & 80 étaient exagérés et que la situation actuelle engendre pour l’instant plutôt des perturbations, certes non négligeables, de la machine économique. N’en demeure pas moins qu’une résolution prochaine du conflit et surtout la réouverture du détroit d’Ormuz à la libre circulation maritime sont souhaitables dans l’optique d’une continuation de la dynamique haussière des actions et de son élargissement en dehors de la technologie.
Quelques mots sur l’attitude du président américain, dont l’influence sur les marchés est à son paroxysme. Qu’il s’agisse de ses très nombreuses déclarations, aux tonalités souvent différentes, sur la situation en Iran ou plus directement sur ses paris boursiers qu’il n’hésite jamais à promouvoir publiquement, Donald Trump fait la pluie et le beau temps à Wall Street. Depuis son retour au pouvoir il y a 18 mois, le président américain a largement relégué la macroéconomie au second plan. Entre tarifs douaniers, interventions militaires et investissements gouvernementaux directs dans des entreprises cotées, l’administration américaine exerce une influence considérable sur le « momentum » boursier. Pour rester dans les proverbes, le célèbre « don’t fight the FED » s’est quelque peu transformé en « don’t fight Donald ».
La Chine enfin, dont le président Xi a magistralement reçu le président américain… puis le président russe quelques jours après, durant le mois de mai. Bien peu de surprises sont ressorties de ce sommet sino-américain, plutôt des confirmations marquées des éléments en place depuis des années. La question de Taiwan demeure centrale pour Pékin et la visite du président Trump n’a pas dû rassurer les habitants de l’île. Donald Trump n’a guère affiché de triomphalisme commercial pourtant habituel lors de ses déplacements à l’étranger, alors qu’il était accompagné d’une armada de grands patrons de la tech. Il semble toujours plus évident que l’Amérique et la Chine se livrent une guerre d’influence et technologique sans merci. L’avènement de l’intelligence artificielle est un terrain de jeu supplémentaire dans cette opposition et pour l’instant l’Oncle Sam semble y avoir pris l’avantage, à grand renfort d’une gigantesque politique de CAPEX de la part de ses géants.
Malgré le flou concernant la situation au Moyen-Orient, madame Lagarde et ses acolytes seraient sans doute bien inspirés de ne pas trop se précipiter lors de leur prochaine réunion prévue début juin.
La Chine enfin, dont le président Xi a magistralement reçu le président américain… puis le président russe quelques jours après, durant le mois de mai. Bien peu de surprises sont ressorties de ce sommet sino-américain, plutôt des confirmations marquées des éléments en place depuis des années. La question de Taiwan demeure centrale pour Pékin et la visite du président Trump n’a pas dû rassurer les habitants de l’île. Donald Trump n’a guère affiché de triomphalisme commercial pourtant habituel lors de ses déplacements à l’étranger, alors qu’il était accompagné d’une armada de grands patrons de la tech. Il semble toujours plus évident que l’Amérique et la Chine se livrent une guerre d’influence et technologique sans merci. L’avènement de l’intelligence artificielle est un terrain de jeu supplémentaire dans cette opposition et pour l’instant l’Oncle Sam semble y avoir pris l’avantage, à grand renfort d’une gigantesque politique de CAPEX de la part de ses géants.
Nous l’avons souvent répété au cours des dernières années dans ce feuillet : des portefeuilles bien construits permettent de profiter régulièrement des bienfaits du statu quo en investissement. Autrement dit, ne rien changer est une décision active d’allocation d’actifs. Ce fut encore la nôtre en mai.
Nos portefeuilles ont continué d’être portés par la vague de l’IA, que ce soit à travers deux gestions en actions thématiques actives sur la technologie et l’énergie ou encore via notre exposition aux marchés émergents. Avec des performances 2026 comprises entre 25% et 30%, ces trois lignes, auxquelles il faut évidemment ajouter notre exposition passive au S&P 500, permettent à nos allocations d’afficher de belles performances en 2026.
Au-delà des chiffres, il est surtout important de ne pas redouter de manière excessive une correction des valeurs technologiques. Une potentielle rotation sectorielle en dehors de la technologie devrait bénéficier, en cas d’occurrence, à d’autres pans de nos allocations. Qu’il s’agisse de véhicules inclus dans les parts obligataire, actions ou même alternative de nos portefeuilles, ces derniers devraient afficher à nouveau leur robustesse et démontrer encore leur vertu d’une volatilité contenue dans un scénario de « dégonflement » de la frénésie technologique actuelle. Dans la même veine, un retour vers plus d’apaisement au Moyen-Orient profiterait naturellement aux obligations et à l’or, auquel nous faisons toujours la part belle après, il est bon de le rappeler, une année 2025 exceptionnelle.
La canicule précoce qui a déferlé sur une bonne partie de l’Europe durant la deuxième quinzaine de mai n’est en rien annonciatrice d’un été maussade. Les performances exceptionnelles du secteur des semi-conducteurs depuis deux mois ne sont, elles non plus, pas la garantie d’une correction des actions à venir. L’enthousiasme des investisseurs s’accompagne actuellement de résultats financiers exceptionnels de la plupart des compagnies technologiques adoubées. Il nous parait dès lors important de ne pas confondre âge d’or et bulle spéculative pour ces entreprises.
Nous abordons les mois d’été avec les mêmes principes de gestion qui ont fait la force de nos portefeuilles ces dernières années : bon sens et juste milieu. La tendance et l’agilité sont nos amies.
