AVR 2026 | NO 04

MARKET INSIGHT – Octobre 2026

L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.

Une rentrée sous le signe des taux

Septembre n’est de loin pas le mois préféré des investisseurs. Outre un compréhensible petit coup de mou lié à la fin de la belle saison, il est vrai que statistiquement le neuvième mois de l’année s’inscrit comme le moins favorable pour le S&P 500 sur une période de quasiment 100 ans. 2026 ne fait pas exception à cette « tradition » sans toutefois voir le principal indice américain reculer fortement. Il faut dire que les actions ont de la concurrence à l’entame de l’automne. En effet, le rendement d’une obligation d’état américaine à 10 ans dépasse actuellement les 5.2% contre moins de 4% il y a de cela encore quelques mois. La remontée des taux longs n’est pas récente mais elle s’est accentuée en septembre, particulièrement pour les pays dont le niveau de la dette publique inquiète les investisseurs.

 Les éléments justifiant les doutes des opérateurs n’ont pas nécessairement beaucoup évolué récemment : prix de l’énergie et donc inflation, craintes liées au financement de l’infrastructure de l’IA. Tout cela avec en toile de fond une situation géopolitique qui demeure tendue et des échéances électorales importantes à venir (midterms aux États-Unis en novembre, élection présidentielle française en 2027). Un peu paradoxalement, c’est encore le thème de l’IA qui a animé les dernières semaines avec cette fois la forte hausse de Meta, portée par le succès de son assistant personnel « Muse ». De quoi, une fois de plus, déclencher de violentes rotations sectorielles tout en donnant l’illusion d’indices actions quasiment stables

Mark Zuckerberg est un personnage atypique. Derrière l’omniprésent Elon Musk, il est probablement le grand patron de la « tech » qui a été le plus médiatisé et souvent de manière controversée au cours des dernières années. Adulé par les uns autant que détesté par les autres, il dispense régulièrement un discours dont le narratif va au-delà des succès de son entreprise Meta Platforms et se positionne comme étant investi d’une mission simple : améliorer le monde et être totalement concentré sur la simplification du quotidien. Alors que certains voyaient déjà en Meta un futur perdant de l’IA face aux mastodontes Open AI et Anthropic, Mark Zuckerberg semble prendre la voie de l’agentic IA en dévoilant un assistant personnel capable de se substituer à son propriétaire, en utilisant différentes applications et en agissant directement sur internet.

Mark Zuckerberg semble prendre la voie de l’agentic IA en dévoilant un assistant personnel capable de se substituer à son propriétaire, en utilisant différentes applications et en agissant directement sur internet.

Si l’on excepte la forte accentuation de la pression que connaissent les marchés obligataires et l’envolée des taux réels, l’environnement économique et financier n’a pas grandement évolué en septembre. L’économie américaine continue de se montrer résiliente, toujours largement portée par les gigantesques investissements ayant trait à l’infrastructure de l’IA. Le consommateur américain continue, lui, d’être très sélectif dans ses achats, impactant fortement certains segments. Le cours de Nike ou ceux de nombreuses valeurs de l’habillement et du luxe en sont les témoins.

Toujours bien peu de développements concrets sur la question iranienne, Donald Trump oscillant de manière quasi quotidienne entre menaces militaires et potentielles avancées des négociations au sujet de la réouverture du détroit d’Ormuz. Guère plus de visibilité pour le détroit de Bab El Mandeb au Yemen, où les attaques menées par les Houthis sont, là aussi, un frein important à la circulation du pétrole et du gaz. La situation au Moyen Orient demeure donc largement perturbée et impacte fortement les prix des hydrocarbures.

Cette configuration énergétique continue d’alimenter en cascade la spirale inflationniste et donc l’attitude des banquiers centraux. Ainsi, c’est sans surprise que Kevin Warsh, patron de la FED, a annoncé la première hausse de taux depuis 2023, s’appuyant au passage sur un vote à l’unanimité de la part de son comité. N’en déplaise au président Trump, toujours fervent supporter de taux d’intérêt très bas, la Réserve Fédérale a ainsi réaffirmé son indépendance et sa volonté de retrouver une inflation plus conforme à son objectif de 2%. Rien n’exclut une nouvelle hausse de taux en 2026, tout comme rien ne la garantit totalement à ce stade. Kevin Warsh a rappelé que le temps de la « forward guidance » était révolu et que les décisions à venir en termes de politique monétaire se prendraient en fonction des données à disposition et de leur évolution.

Nous notons que les marchés actions n’ont de loin pas été surpris par l’annonce de cette hausse de taux, largement anticipée par les opérateurs. Au-delà de la décision elle-même, différents éléments du discours de Kevin Warsh ont de l’importance. Son interprétation de la hausse récente des rendements obligataires mentionne un impact des nombreuses émissions liées à l’IA, qui viendraient « concurrencer » les bons du Trésor. Le patron de la FED estime également que l’économie américaine est suffisamment solide pour supporter des taux d’intérêt plus élevés et a réaffirmé son optimisme vis-à-vis de l’IA, grâce à laquelle il prévoit d’importants gains de productivité et un effet déflationniste à long terme. En résumé, un ton (et des actes !) probablement un peu plus engagé que lors de ses précédentes déclarations mais un message plutôt rassurant vis-à vis de l’économie américaine.

Les tourments politiques et électoraux restent aussi un sujet d’actualité, notamment en Allemagne et en France, où la crainte d’une arrivée au pouvoir de partis hostiles à l’Union Européenne n’est pas de nature à grandement rassurer les marchés financiers, déjà échaudés par le niveau de la dette française et surtout par sa trajectoire. Comme mentionné régulièrement dans ce feuillet, le coût du service de la dette tricolore et sa détention très internationale font de la France un cas spécifique et pourraient la placer en 2027 dans une situation délicate en cas de tensions persistantes sur les prix de l’énergie et de résultats électoraux favorables aux extrêmes.

L’ennui est que les hausses de taux décidées par la BCE risquent fort d’avoir de la peine à réduire l’inflation, dont une large partie provient des prix de l’énergie, sur lesquels l’institution européenne n’a aucun pouvoir.

Septembre, fidèle à sa réputation, aura vu nos allocations reculer légèrement, principalement sous l’effet du minikrach obligataire de ces dernières semaines. Il est important de mentionner qu’à ce stade de l’année, les grands indices obligataires agrégés enregistrent tout de même leur deuxième pire performance annuelle historique après 2022. Les facteurs influençant les taux d’intérêt étant notamment d’ordre géopolitique et énergétique, il est bien difficile de prédire comment les obligations vont évoluer au cours des prochaines semaines.

Notre positionnement privilégie des durations courtes et des produits flexibles depuis de nombreux trimestres. Ces choix ont permis à la poche obligataire de nos portefeuilles de ne pas être trop fortement impactée par la hausse des taux d’intérêt, illustrant une fois de plus l’attention particulière que nous portons à la robustesse de nos allocations.

Coté actions, notre philosophie de maintenir une exposition importante aux actifs risqués, tout en étant très diversifiés tant géographiquement que sectoriellement s’est, là aussi, révélé bien utile pour ne pas subir trop de volatilité durant le mois écoulé. La relative bonne tenue estivale du S&P 500 est à mettre quasi exclusivement au crédit de la technologie et de certains des hyperscalers. Les performances récentes de Microsoft, Nvidia et Meta ont tenu à bout de bras le principal indice américain.

L’or, enfin, a vu le retour en septembre de ses deux meilleurs ennemis : un dollar plus fort et des taux d’intérêt en hausse. Cela ne remet de loin pas en cause notre conviction sur le métal jaune, dont les arguments en faveur de sa détention sont intacts. De plus, dans le cas d’une détérioration des marchés actions durant la dernière partie de l’année, l’or revêtirait probablement son costume de valeur refuge.

Mark Zuckerberg ne peut, à ce stade, pas demander à son assistant IA « Muse » de rétablir le niveau de transport énergétique pré-conflit au Moyen Orient, ni influer sur les chiffres d’inflation ou encore la posture des banquiers centraux. En revanche, il fait bien partie des quelques grands patrons de la « tech » au cœur des avancées technologiques dans l’IA et de leur financement. Nul doute que ces deux éléments continueront de fortement influencer la trajectoire des marchés financiers cette année.