MARKET INSIGHT – Septembre 2026
MARKET INSIGHT
L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.
Microsoft & Nvidia, super-héros du mois d’août
Après le coup d’arrêt du mois de juillet, marqué par une correction dans le segment des semi-conducteurs, août s’annonçait comme potentiellement décisif pour la suite de l’année des marchés actions, avec un grand nombre de publications du deuxième trimestre dont celles, très attendues, des mastodontes de la technologie. Loin de l’époque des « FAANG » et autres « Mag 7 », les méga capitalisations de la « tech » américaine ont désormais leur trajectoire propre et l’ont démontré ce trimestre encore.
Après une longue période de craintes liées à l’intelligence artificielle et à son potentiel impact négatif sur le modèle d’affaires de Microsoft, les investisseurs ont cette fois salué des chiffres à nouveau impressionnants, acceptant, au moins ce trimestre, que la firme de Redmond demeurait une machine à profits et ne montrait aucun signe d’essoufflement, encore moins à la vue des revenus de sa division cloud. Avec une performance proche de 30% en août, Microsoft a été l’un des moteurs du marché durant les dernières semaines. Nvidia, de son côté, a réussi à éblouir les opérateurs, dont les attentes sont pourtant à des niveaux extrêmes chaque trimestre. Entre revenus ahurissants et perspectives encore plus folles, la première capitalisation mondiale a envoyé un message fort : elle capte une part énorme des revenus liés à l’avènement de l’IA.
En septembre 1963, Stan Lee et Jack Kirby, respectivement scénariste et dessinateur, créent les Avengers, une équipe de super-héros, pour le compte de Marvel Comics. De l’imagination sans limite de Lee vont naître des personnages tels que Spider Man, Thor, Hulk, ou encore Iron Man. En plus de leurs multiples aventures, ces derniers sont régulièrement aux prises avec des questionnements personnels et des problèmes plus humains que les super-héros classiques, dont les états d’âme étaient rarement évoqués à cette époque.
Depuis quelques années et même avant l’arrivée de l’IA, une poignée d’immenses sociétés technologiques peuvent être considérées comme les Avengers des marchés financiers. Bien qu’appartenant toutes au même secteur, leurs trajectoires boursières respectives sont devenues plus indépendantes les unes des autres au fil du temps. Leur gigantisme permet régulièrement de lisser les à-coups de l’indice S&P 500, dont la faible volatilité des dernières semaines cache des rotations sectorielles de grande ampleur. L’une ou l’autre est régulièrement le moteur (ou le sauveur) des sessions boursières à New York et les capex qu’elles déploient dans l’infrastructure de l’IA ont désormais un impact considérable sur la dynamique de l’économie américaine.
Justement, l’économie américaine tient ! Malgré les gesticulations du président Trump, « l’originalité » des actions du secrétaire au Trésor Bessent ou encore la quête de « crédibilité sans irriter » du patron de la Fed Kevin Warsh, la machine économique tourne toujours plutôt bien aux Etats-Unis.
Comme mentionné précédemment, on peut être soucieux ou du moins attentif au fait que c’est désormais plutôt l’investissement dans l’IA et moins la consommation qui soutient l’économie de l’Oncle Sam. On peut également se demander si le phénomène est durable et dans quelle mesure le recours de plus en plus fréquent à la dette par les principaux pourvoyeurs de capex dans l’infrastructure de l’IA (les hyperscalers, Avengers des temps modernes) est soutenable.
Il n’en demeure pas moins que le deuxième trimestre a été un excellent cru pour les résultats des sociétés, balayant les craintes d’un ralentissement de l’économie, notamment aux États-Unis. Certes, ce dynamisme ne se traduit pas par un marché de l’emploi florissant mais ce dernier ne subit pas non plus l’Armageddon que certains lui promettaient, où l’intelligence artificielle allait être le fossoyeur de nombreux emplois. Le « no hire / no fire » des derniers trimestres semble perdurer et cela évite d’ajouter une couche d’incertitude supplémentaire.
Car de l’incertitude, il y en a déjà largement assez, sur le plan géopolitique en premier lieu. La situation dans le détroit d’Ormuz reste un frein important à la dynamique économique mondiale. Le prix du baril, bien que supportable à ces niveaux, n’offre aucune prédictibilité. Cet état de fait continue de peser sur les données d’inflation et ne permet pas aux banquiers centraux d’adopter une posture claire pour les mois à venir.
Le volet géopolitique reste également une source de préoccupation majeure en Ukraine, où la guerre avec la Russie ne montre aucun signe de résolution. Au contraire, la stratégie de Kiev donnant des résultats de plus en plus probants et impactant désormais assez lourdement l’économie russe, c’est bien un durcissement du conflit auquel nous assistons. La rhétorique hostile de Moscou envers l’Europe ne faiblit pas et une escalade, ou du moins une accentuation des provocations russes envers des membres de l’OTAN, est plus que jamais à l’ordre du jour.
La dette américaine a également fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines. Le cap des quarante trillions a été franchi mais, plus encore, c’est la trajectoire haussière de celle-ci qui ne semble pas prête de s’infléchir, ce qu’avait pourtant promis le président Trump. Les taux longs américains ont donc bien du mal à baisser et le marché obligataire affiche davantage ses craintes vis-à-vis de la situation que celui des actions. La décision récente du Trésor d’utiliser son bilan pour racheter ses propres obligations à maturité longue peut être interprétée comme un signe de nervosité. D’autant que cette mesure non conventionnelle fait suite à une première décision « surprise » datant du 1er août, quand le Trésor était intervenu directement sur le marché des changes afin de soutenir le Yen. Scott Bessent est peut-être un secrétaire au Trésor très innovant, ou simplement conscient d’un environnement qui pourrait se dégrader en direction d’une crise de la dette aux États-Unis.
Les entreprises européennes ont, quant à elles, aussi réalisé un deuxième trimestre de bonne facture. La croissance économique du vieux continent demeure toujours plus faible qu’outre-Atlantique mais elle n’est de loin pas moribonde, même si les dynamiques sont très inégales selon les secteurs, voire les pays. La grande incertitude entourant l’élection française qui aura lieu l’année prochaine pourrait être un élément négatif durant les prochains mois, avec un « scénario du pire » voyant s’affronner en finale deux partis aux extrêmes de l’échiquier politique qui n’est pas à omettre totalement.
De plus, le poids de la dette française et le coût de son service inquiètent régulièrement les marchés financiers. Contrairement aux États-Unis, celle-ci n’est pas majoritairement détenue par des acteurs nationaux. Le cas spécifique de la France ne doit cependant pas faire oublier les secteurs européens où la croissance est forte (énergies renouvelables, électrification et même technologie) et ceux dont la solidité n’est plus à démontrer (banques et assurances notamment).
Scott Bessent est peut-être un secrétaire au Trésor très innovant, ou simplement conscient d’un environnement qui pourrait se dégrader en direction d’une crise de la dette aux États-Unis.
Le mois d’août a logiquement été porteur pour nos allocations, en particulier via notre exposition aux actions, mais aussi grâce à l’excellente progression de l’or, dont nous sommes toujours friands. Les cours du métal jaune ont profité de la tension sur la dette américaine et des annonces non conventionnelles de Scott Bessent. À noter qu’aux deux tiers de l’année la performance des grands indices d’actions (en devise locale) est quasiment similaire entre les États-Unis, l’Europe et même la Suisse. Un résultat presque contre-intuitif, tant l’impression de toute-puissance des semiconducteurs était encore forte au printemps dernier. Une preuve de plus, s’il en fallait, qu’au-delà des convictions nécessaires dont il faut faire preuve dans le choix des investissements, la diversification et la décorrélation sont deux éléments à toujours garder en tête.
Sans surprise, ce n’est toujours pas la part obligataire « classique » des portefeuilles qui contribue beaucoup à la performance cette année et le mois d’août n’aura pas démenti cette tendance. Cependant, il convient de noter que les différentes stratégies obligataires actives « de niche » dans lesquelles nous investissons apportent toutes une contribution positive à la performance de nos mandats en 2026. Obligations à haut rendement, dette émergente ou encore fonds obligataires alternatifs se révèlent être un excellent complément à une exposition classique aux obligations d’entreprises de bonne qualité.
Après un mois de juillet sans relief, la construction de nos allocations a permis, une fois de plus, de générer de la performance. L’équilibre subtil entre l’affirmation claire de nos convictions, notamment sectorielles et géographiques (énergie, santé, technologie, marchés émergents, actions suisses), et notre volonté de toujours garder des éléments diversifiants dans nos portefeuilles permet d’avancer de manière satisfaisante en termes de résultats et avec une volatilité contenue.
Les Avengers de Stan Lee et Jack Kirby se sont distingués par leurs exploits de super-héros mais aussi en amenant un côté plus humain à leur personnage. Les géants de la « tech » américaine aussi peuvent avoir des états d’âme boursiers. Si impressionnante soit la révolution de l’IA et si puissant soit le secteur technologique, nos allocations continueront d’être construites de manière diversifiée, maintenant leur confiance aux super-héros de la bourse américaine, tout en se prémunissant le mieux possible de leurs coups de mou.
