JUIL 2026 | NO 04

MARKET INSIGHT – Juillet 2026

MARKET INSIGHT

L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.

Fin de la première mi-temps

Alors que la coupe du monde de football la plus chère de l’histoire bat son plein et que l’Europe a connu un épisode de canicule exceptionnel pour un mois de juin, les investisseurs clôturent un premier semestre 2026 marqué par bien des rebondissements. La guerre en Iran et l’envolée du secteur des semi-conducteurs ont ainsi largement influencé l’évolution des marchés actions durant la première moitié de l’année, reléguant à nouveau la macroéconomie au second plan.

Les prix du pétrole et leur impact sur l’inflation, ainsi que la poursuite des gigantesques investissements dans l’IA et leurs conséquences économiques et financières devraient rester « au cœur du jeu » au cours des prochains mois, pour reprendre une terminologie footballistique. Reste encore à savoir qui pourrait venir jouer les arbitres entre supporters de l’IA et des data centers et leurs adversaires sceptiques, annonçant l’éclatement imminent de la bulle technologique 2.0. Nul doute que Donald Trump, ou encore Kevin Warsh, pourraient être tentés, chacun à sa manière, de prendre le sifflet.

Le 5 décembre 1996, Alan Greenspan alors président de la FED, évoquait lors d’un discours à l’American Enterprise Institute « l’exubérance irrationnelle » dont les investisseurs faisaient preuve vis-à-vis de l’internet. Selon lui, le Nasdaq reflétait, déjà à cette époque, une déconnexion entre l’enthousiasme ambiant autour des valeurs technologiques et les fondamentaux réels de ces dernières. Sa disparition récente à l’âge de 100 ans ne peut que nous rappeler, s’il le fallait, le débat actuel comparant l’engouement boursier autour de l’intelligence artificielle et la crise des « dotcoms » du début des années 2000, alors qu’internet balbutiait encore.

Même si sur les marchés financiers comparaison n’est pas raison, il se trouve que les dernières semaines ont été plutôt difficiles pour les valeurs technologiques, particulièrement pour les « hyperscalers », dont les dépenses alimentant la course à l’IA et finançant la construction de l’infrastructure indispensable à son déploiement commencent à donner des sueurs froides aux opérateurs. Après deux mois exceptionnels en avril et en mai, notamment pour le segment des semi-conducteurs, les contraintes opérationnelles que rencontrent les géants de la technologie et les principaux fournisseurs d’intelligence artificielle commencent à les rattraper.

Après deux mois exceptionnels en avril et en mai, notamment pour le segment des semi-conducteurs, les contraintes opérationnelles que rencontrent les géants de la technologie et les principaux fournisseurs d’intelligence artificielle commencent à les rattraper.

Qu’il s’agisse du goulet d’étranglement au niveau des producteurs de mémoire ou d’énergie requise, le développement continu des modèles d’IA semble actuellement faire face à des obstacles qui n’avaient peut-être pas été complètement anticipés par les investisseurs. Il n’en faut pas plus pour voir revenir sur le devant de la scène des questionnements plus larges quant aux retombées concrètes du déploiement de l’intelligence artificielle, particulièrement en termes de gains de productivité attendus et, bien sûr, de rentabilité future.

Ce sentiment plus nuancé vis-à-vis du thème star des deux dernières années, qu’il soit temporaire ou plus durable, a valu aux opérateurs un mois de juin marqué par des rotations sectorielles quasi permanentes et souvent de grande ampleur. Entre célébration des résultats exceptionnels d’acteurs comme Micron, poursuite de la descente aux enfers des cours de bourse de géants du consulting comme Accenture ou encore craintes inflationnistes induites par l’envolée des prix de certains composants technologiques, la course à l’IA aura pris beaucoup de place dans l’esprit des investisseurs au cours du dernier mois écoulé, laissant apparaitre plus d’opinions divergentes.

Ne commettons cependant pas l’erreur de penser que rien d’autre que l’IA peut influencer les marchés, bien au contraire. Juin a été marqué par un « pré-accord » entre iraniens et américains permettant, en théorie et pour 60 jours, de mettre fin aux hostilités et surtout de réouvrir le détroit d’Ormuz à la navigation marchande et, bien sûr, pétrolière. Les cours de l’or noir se sont rapidement ajustés à la baisse, revenant à leur niveau de mars, desserrant un peu l’étau inflationniste du conflit dans le Golfe. Toujours est-il que la situation reste très incertaine et que le son de cloche entre les dirigeants des deux pays continue d’être bien différent. 

Juin était également le premier rendez-vous des marchés avec Kevin Warsh, nouveau président de la FED. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier n’a pas déçu, mais pas forcément dans le sens où beaucoup l’attendaient. En effet, après un processus de sélection amplement médiatisé et la campagne très agressive menée par Donald Trump à l’encontre de son prédécesseur Jérôme Powell (toujours membre de la FED par ailleurs), la première réunion présidée par le nouveau patron de la Réserve Fédérale a été scrutée très attentivement. Loin de tomber trop facilement dans une posture de marionnette de l’administration américaine, Kevin Warsh a délivré un discours plus « hawkish » qu’attendu et s’est avant tout positionné en réformateur de l’institution, prenant de court de nombreux observateurs et douchant les espoirs de baisses de taux imminentes. Donald Trump aura certainement l’occasion de lui faciliter la vie en cas d’accord durable avec l’Iran, impliquant une probable normalisation de l’inflation.

Du côté du vieux continent, la BCE a, sans grande surprise, relevé son taux directeur d’un quart de point en tout début de mois et ce, seulement quelques jours avant l’annonce du pré-accord irano-américain. À l’instar de la FED, la confirmation d’un repli durable des prix du brut devrait permettre au grand argentier européen de ne pas s’embarquer dans une campagne de hausses supplémentaires, l’inflation demeurant alors sous contrôle. « Croissance molle mais croissance tout de même » pourrait ressembler à un mantra peu enthousiasmant pour les économies européennes. N’en déplaise à certains, il parait important de garder à l’esprit qu’à l’heure où les doutes se font plus nombreux concernant les investissements massifs dans l’IA et où le focus quant à la détérioration marquée des bilans des hyperscalers à travers leurs CAPEX semble s’intensifier, les marchés européens ont évidemment une carte à jouer, ne serait-ce que grâce à des indices bien moins pondérés en valeurs technologiques.

Un mot sur la zone émergente, dont la volatilité a été élevée au cours des dernières semaines, en particulier sur les actions coréennes et taiwanaises. Ces deux marchés bénéficient à plein des dépenses d’IA et proposent désormais des indices très concentrés sur quelques géants technologiques (TSMC, Samsung, SK Hynix).

N’en demeure pas moins qu’il parait toujours attractif de rester investi dans des sociétés se trouvant à la réception des capex américains et ce, malgré une volatilité importante et une concentration que nul ne peut ignorer. Cette dernière est la résultante des trajectoires boursières exceptionnelles des entreprises susmentionnées au cours des derniers trimestres, dont les revenus ont augmenté dans des proportions massives, justifiant à nos yeux leur valorisation actuelle. Les secteurs des semi-conducteurs et des composants électroniques asiatiques (ex-Chine) vivent actuellement un âge d’or difficile à nier.

N’en demeure pas moins qu’il parait toujours attractif de rester investi dans des sociétés se trouvant à la réception des capex américains et ce, malgré une volatilité importante et une concentration que nul ne peut ignorer.

Juin n’aura de loin pas été de tout repos, notamment pour les très grandes valeurs technologiques. Malgré beaucoup de volatilité et des investisseurs nettement plus nerveux, les différentes rotations sectorielles, si brutales soient-elles, démontrent une forme de bon sens de la part de ces derniers, désormais potentiellement plus réalistes quant aux obstacles à venir pour le déploiement de l’IA, sans pour autant se détourner de la révolution technologique que cela représente.

La diversification de la part actions de nos portefeuilles nous a largement mis à l’abri de secousses trop violentes et c’est clairement dans cette voie que nous continuerons d’être positionnés au cours des prochaines semaines, avec une attention particulière au début de la saison des résultats et, notamment, aux perspectives présentées par les géants de la technologie. Nous surveillerons également l’évolution des pourparlers entre américains et iraniens, dont l’issue conditionnera grandement la dynamique inflationniste des prochains mois et donc, par ricochet, l’attitude des banquiers centraux, influençant l’ensemble des classes d’actifs, y compris l’or.

Alan Greenspan ne parla plus publiquement d’exubérance irrationnelle après son discours de décembre 1996, peut-être contrarié d’avoir eu raison bien avant l’heure et l’éclatement de la bulle technologique du début des années 2000. Pour mémoire, l’ensemble des profits réalisés depuis 1995 par les 4300 sociétés du Nasdaq furent effacés par les pertes de 2000-2001, soit environ 145 milliards de dollars. Ces chiffres colossaux pour l’époque paraissent aujourd’hui presque « raisonnables » en comparaison des CAPEX requis par l’IA depuis 2 ans ou encore des revenus engrangés par les Nvidia, Micron et autres SK Hynix de notre époque.

Que l’histoire se répète ou que l’intelligence artificielle change notre monde pour toujours, nous maintenons le cap de la construction de portefeuille réfléchie et du bon sens. Comme le disait Alan Greenspan « il vaut mieux être à peu près juste que précisément faux ».