MARKET INSIGHT – Août 2026
MARKET INSIGHT
L’analyse mensuelle de l’actualité économique et des marchés financiers mondiaux par Prime Partners.
Surchauffe estivale et rotations en série
L’été 2026 parait déjà promis au livre des records concernant les vagues successives de canicule qui déferlent sur l’Europe et, malheureusement, aussi pour les incendies géants qui continuent de ravager certaines régions, notamment en France et en Espagne. La canicule boursière, elle, était d’ores et déjà installée depuis de nombreuses semaines sur les valeurs liées à l’intelligence artificielle et plus particulièrement sur le vaste secteur des semi-conducteurs. À l’instar des terribles images d’évacuations forcées d’habitants menacés par de gigantesques feux de forêts, certains investisseurs ont eux aussi pris leurs jambes à leur cou en juillet, notamment en Corée du Sud.
Après des semaines d’un engouement parfois extrême pour les « chips », juillet 2026 aura donc été marqué par une importante correction de différents segments des semi-conducteurs, légèrement amortie par deux dernières sessions haussières en toute fin de mois. Le Philadelphia semiconductor index ou encore le KOSPI ont abandonné tous deux plus de 20%, entrainés par le brutal retournement de valeurs stars telles que Micron, SK Hynix ou encore Samsung, qui ont toutes trois abandonné entre 20% et 35%. Des capitalisations plus petites (relativement aux trois géantes précitées) ont connu un mois encore plus sombre, Sandisk signant la pire performance du S&P 500 avec un irréel -46%. Il est à noter en revanche que le S&P 500 a clôturé juillet à l’équilibre. Rotation quand tu nous tiens !
Lors d’un discours prononcé le 2 septembre 2002 à Johannesburg, l’ancien président français Jacques Chirac avait débuté son allocution par le célèbre « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », tentant d’alarmer l’auditoire aux menaces qu’encourait la planète voici déjà bientôt 25 ans. Il évoquait alors des crises sanitaires et des catastrophes naturelles dont personne ne semblait vraiment se préoccuper, l’attention étant accaparée par d’autres sujets plus réjouissants.
Pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas aux semiconducteurs, la panique qui s’est emparée des investisseurs en juillet est, elle aussi, passée un peu inaperçue. Certes, le secteur a signé sa pire performance mensuelle depuis plus de 20 ans et le Nasdaq 100 n’avait plus connu une pareille déroute en juillet depuis 22 ans. Qu’à cela ne tienne, une bonne diversification sectorielle aura suffi à terminer le mois sans trop de dommages. Alors, épiphénomène ou signe précurseur d’un problème à venir plus global ?
Pour quelqu’un qui ne s’intéresse pas aux semiconducteurs, la panique qui s’est emparée des investisseurs en juillet est, elle aussi, passée un peu inaperçue.
Comme bien souvent dans l’histoire financière, les comportements des investisseurs amplifient fortement les phénomènes économiques. Ainsi, les carnets de commandes des producteurs de puces sont incroyablement garnis. Sous la gigantesque impulsion des capex des géants de la technologie qui cherchent à bâtir l’infrastructure requise par l’IA, de très nombreuses sociétés sont à la réception de flux d’investissement d’une ampleur inédite. Économiquement, c’est incontestable et les chiffres le prouvent de manière irréfutable. Cela a provoqué un engouement inédit de la part des opérateurs dont l’appétit pour le secteur des semiconducteurs a été décuplé par un important effet de levier, particulièrement en Corée du Sud, dont l’indice s’est concentré pour moitié autour des deux « colosses » fournisseurs de mémoire pour l’IA, Samsung et SK Hynix.
Les annonces successives d’investissements très importants à venir dans leur outil de production par les principaux acteurs des semiconducteurs et l’entame de la saison des résultats du deuxième trimestre, avec en point d’orgue ceux des « hyperscalers », ont suffi à mettre un grain de sable dans la machine, insufflant le doute dans la tête des opérateurs. Ces derniers sont devenus tout à coup sceptiques vis-à-vis de l’ampleur des investissements dans l’IA et/ou craintifs d’un retour de la forte cyclicité bien connue dans le secteur des puces.
À l’heure où nous rédigeons ce feuillet et quand bien même nous sommes pleinement conscients de la forte secousse technologique des dernières semaines, il semble logique de se montrer plus rassurant qu’alarmant. Les publications récentes des géants technologiques américains démontrent des revenus très solides, notamment dans le Cloud, qu’il s’agisse de Microsoft, Amazon ou encore Alphabet. Certes, l’IA demande à ces acteurs des investissements hors norme qui justifient probablement des doutes, mais il est indéniable que le déploiement de cette technologie vient aussi renforcer la demande pour certains produits et services de ces mêmes entreprises. Les réactions boursières très positives récentes chez Microsoft et Amazon en sont l’illustration.
La poursuite de la saison des résultats devrait confirmer cette tendance du « earn big / spend big » et pourrait recentrer les craintes sur des sujets plus globaux pouvant potentiellement faire « dérailler » cette mécanique, notamment la croissance économique américaine ou le couple inflation & taux d’intérêt.
Sur ces derniers sujets, la visibilité est faible. La situation au Moyen Orient ne permet toujours pas de raisonnablement prévoir l’évolution des prix de l’énergie, ni bien sûr leur impact sur l’inflation américaine et encore moins l’attitude à venir de la FED. Même si le scénario d’une reprise pure et simple du conflit semble s’être un peu éloigné, sans toutefois pouvoir être complètement écarté, la situation reste fortement instable concernant la libre circulation de l’énergie dans le détroit d’Ormuz. Les divisions désormais assez claires entre différentes factions du pouvoir iranien rendent imprévisible l’issue du conflit et donc sa résolution. Donald Trump demeure ainsi, depuis maintenant plusieurs semaines, dans une situation bien inconfortable, oscillant de manière contradictoire entre frappes de représailles quasi quotidiennes, menaces d’une intervention militaire plus lourde et déclarations de négociation en cours quant à une réouverture complète du détroit.
Cette situation ne peut que déplaire au nouveau patron de la FED, Kevin Warsh, qui se passerait sans doute bien d’une telle purée de pois et du manque de lisibilité de nombreux indicateurs macroéconomiques pourtant censés l’aider à piloter la politique de la Réserve Fédérale. Sa volonté de réformer l’institution et son désir de simplifier la communication autour de son action suffisent, à ce stade, à maintenir un calme fragile de la part des investisseurs. Cependant, il n’est de loin pas exclu que des dissensions déjà existantes au sein des membres votants s’accroissent si la visibilité ne s’améliore pas au cours des prochains mois, voire se dégrade davantage. Le président Trump a d’ores et déjà jugé utile de rappeler qu’il aimerait voir les taux d’intérêt baisser aux États-Unis, tout en réitérant son soutien à Kevin Warsh, en laissant entendre que ce dernier faisait peut-être déjà face à des oppositions internes regrettables pour justifier les décisions de statu quo récentes de l’institution.
N’en demeure pas moins qu’il parait toujours attractif de rester investi dans des sociétés se trouvant à la réception des capex américains et ce, malgré une volatilité importante et une concentration que nul ne peut ignorer. Cette dernière est la résultante des trajectoires boursières exceptionnelles des entreprises susmentionnées au cours des derniers trimestres, dont les revenus ont augmenté dans des proportions massives, justifiant à nos yeux leur valorisation actuelle. Les secteurs des semi-conducteurs et des composants électroniques asiatiques (ex-Chine) vivent actuellement un âge d’or difficile à nier.
La situation au Moyen Orient ne permet toujours pas de raisonnablement prévoir l’évolution des prix de l’énergie, ni bien sûr leur impact sur l’inflation américaine et encore moins l’attitude à venir de la FED.
Avec des indices actions dont le calme en surface a dissimulé un fort bouillonnement sectoriel, la diversification a, ce dernier mois encore, été d’une aide précieuse dans nos portefeuilles. Les thèmes porteurs du premier semestre, tous liés de manière directe ou indirecte à l’IA, ont logiquement souffert, sans pour autant fortement impacter les performances de nos allocations. Les actions suisses ont notamment été un grand bénéficiaire des rotations récentes, tout comme l’énergie, les financières ou encore les utilities.
Destins croisés pour les géants de la tech dont les publications, globalement bonnes, n’ont pas forcément engendré les mêmes réactions. Amazon et Microsoft ont terminé juillet en forte hausse (de 15% à 25%) tandis qu’Apple, malgré d’excellents chiffres, décevait les investisseurs sur les prévisions. Alphabet, enfin, aura oscillé entre une publication fraichement accueillie, puis un net rebond en fin de mois sur fond de dissipation des craintes concernant les capex.
Un mois difficile côté obligataire. Le taux à 10 ans des obligations d’état américaines reste orienté à la hausse, marqué par des anticipations d’une potentielle augmentation à venir des taux d’intérêt. La zone des 4.75% demeure une limite à ne pas trop dépasser pour que les marchés actions conservent un attrait relatif suffisant et ne fassent pas l’objet d’une trop grande nervosité. L’impact de cette configuration se fait également sentir sur l’or dont l’attractivité, elle aussi, se trouve diminuée par des rendements obligataires plus élevés.
À souligner, enfin, le bon mois de la part alternative de nos portefeuilles dont les stratégies obligataires long/short, et également actions, ont su profiter des accès de nervosité des investisseurs, permettant à ces gestions de faire mieux que les indices traditionnels au cours des dernières semaines. Une excellente illustration de l’intérêt de les détenir et de leur rôle dans la construction de nos allocations.
Loin de pouvoir malheureusement influer sur les dangers climatiques qu’évoquait il y a un quart de siècle le président Chirac et dont le caractère visionnaire s’est malheureusement confirmé, il convient de ne pas regarder ailleurs suite à la déroute de juillet connue par les semiconducteurs et le thème de l’IA en général. L’année reste exceptionnelle pour la technologie, tant en termes de résultats que de déploiement. N’en demeure pas moins qu’il conviendra de rester vigilant quant aux comportements des opérateurs au cours du second semestre, ainsi qu’aux différentes publications des principaux acteurs de l’écosystème technologique, qu’ils soient à l’initiative ou à la réception des capex inédits dont nous sommes témoins.
Diversification, construction robuste de nos portefeuilles et, surtout, bon sens restent nos meilleurs alliés dans l’environnement actuel.
